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André B.
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Sujet: ESPACE DEGUIGNET Dim 19 Juin - 17:45 |
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Je posterai ici de temps en temps des messages à propos du bouquin de Déguignet ( 1834 - 1905 ) dont le titre véritable est " Histoire de ma vie ". Je suggère à celles et ceux qui n'auraient pas encore le best-seller " at home " et qui souhaiteraient l'acquérir de se procurer la dernière édition, l'intégrale quoi, celle qui contient les lettres - quasiment toutes sarcastiques - que Déguignet envoyait de temps en temps aux gens de sa connaissance qui savaient lire.
Ah oui, première chose, on qualifie souvent Déguignet d' " écorché vif ", c'est l'expression consacrée. Mais c'est quoi un écorché vif ? C'est une sorte de gros furieux ne s'exprimant guère que par hurlement. Or Déguignet est quelqu'un de calme comme l'atteste ce petit extrait :
" J'avais des livres et des beaux mêmes, en plusieurs langues, les langues que je connaissais, je m'étais abonné à un journal agricole, quand j'entendais la belle-mère attaquer comme elle faisait à chaque instant mes nouveautés, je prenais mon journal ou un livre et je laissais aller sa langue comme si je n'avais pas entendu ou rien compris " ( 12.19 )
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Masques de Venise
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Sujet: Re: ESPACE DEGUIGNET Dim 19 Juin - 20:03 |
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Un grand bonhomme dont on ne saluera jamais assez la mémoire.
Il y a, dans sa révolte et dans l'âcreté parfois outrancière de son style, cette grandeur sauvage que les poètes et les peintres ont tant célébrée en parlant de la Bretagne - la vraie, s'entend, pas la touristique du "Dolmen" de TF1 ...
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André B.
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Sujet: Re: ESPACE DEGUIGNET Lun 20 Juin - 16:31 |
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Et comme dit Déguignet, " Le style c'est l'homme. " Pour connaître un auteur il faut regarder son style : Depuis ce temps-là, dès que j'ai lu quelques pages ou même quelques lignes d'un écrivain quelconque, je sais de suite quel est le caractère de cet écrivain. Aussi dès la première page de cette fameuse Vie de Jésus, je vis que mon compatriote était resté jésuite, mais un jésuite plus malin, plus roué que tous ses collègues de Saint-Sulpice, d'où il s'était échappé pour exploiter seul et à sa manière ce non-juif avec lequel tant d'imposteurs, de charlatans et de fripons ont exploité l'imbécilité humaine depuis tant de siècles.
Le style de Déguignet n'est pas triste : Il est très imagé, foisonne de comparaisons souvent religieuses et se passant de commentaires ... L'ironie, le sarcasme et le sens de la formule lapidaire se côtoient. "Renan est un pitre de la littérature. " conclut par exemple Déguignet après quelques pages de descente en règle du bonimenteur.
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Sujet: Re: ESPACE DEGUIGNET Mar 14 Fév - 18:18 |
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Le manuscrit :
| Citation: | Anatole Le Braz ne publia que le début du premier manuscrit dans la Revue de Paris pendant l'hiver 1904-1905. Le récit s'achève avec la campagne d'Italie et une mention « À suivre », mais il n'y eut aucune suite. Le reste de cette première version est perdu.
Ce n'est que près d'un siècle plus tard, et presque par hasard, que le manuscrit de la seconde rédaction fut retrouvé et publié, avec un immense succès populaire : plus de 300 000 exemplaires de vendus en France avec des traductions en italien, en tchèque et en anglais. Et cela malgré une presse parisienne quasi silencieuse, à part Michel Polac, et aussi de nombreuses interventions de ses éditeurs dans les médias.
À côté de ses mémoires proprement dites, il reste encore quelques textes de réflexions personnelles (une Vie de Jésus, une Histoire des mythes) et quelques cahiers « de travail » (un cahier de note, son testament moral, des brouillon de lettres) en grande partie inédits.
Son œuvre a passionné, d'une part car elle laisse un rare témoignage sur la mentalité et l'évolution politique vers la République des paysans de la région de Quimper vers la fin du XIXe siècle. Les pages qui sont consacrées aux campagnes militaires sont également une rareté, car écrites par un homme du rang. D'autre part Déguignet est un remarquable écrivain. Il avait lu la plupart de ses prédécesseurs, et maîtrisait la prose classique ; or il écrivait sans affèterie mais avec passion : au terme d'une destinée aventureuse mais ratée, il en avait à dire, et le lecteur sait vite le distinguer du pisse-copie ambitieux qu'on sent suer devant la page blanche.
Le portrait que Déguignet trace de lui-même nous montre un homme aux fortes convictions républicaines et anticléricales, capable d'entraîner ses égaux, polyglotte, surdoué, très intelligent et sans doute habile agriculteur, mais probablement susceptible d'outrances langagières qui ne facilitaient pas son insertion dans la société de son siècle.
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Sujet: Re: ESPACE DEGUIGNET Mar 14 Fév - 21:39 |
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Pour tous les passionnés de Déguignet, ce site sur Hautetfort :
http://deguignet.hautetfort.com/about.html
A certains, Déguignet paraîtra excessif. Mais c'est un homme intelligent et qui a souffert par la religion. La souffrance, quand elle atteint un tel degré, donne à l'écrivain des accents uniques pour la dépeindre.
Toute sa vie, de toutes ses forces, Jean-Marie Déguignet a combattu l'image d'un dieu de culpabilité qui s'acharne à "punir" les femmes et les hommes au nom d'un "péché" qu'ils n'ont pas commis. A pareille époque, dans la Bretagne des culs-bénits où la parole du recteur avait force de loi, il ne fallait pas que de la haine pour agir ainsi : il fallait aussi beaucoup de courage.
Voilà pourquoi Déguignet mérite d'être lu et relu, tout particulièrement à notre époque où l'on peut être certain d'une chose : il aurait été à nos côtés pour défendre la Laïcité.
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Sujet: Histoire de Ma Vie - Jean-Marie Déguignet. Dim 18 Nov - 19:15 |
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Né le 19 juillet 1834 à Guengat et mort aux portes de l'Hospice de Quimper, le 29 août 1905, Jean-Marie Déguignet était le fils d'un fermier qui, tombé dans la misère peu après la naissance de ce fils, dut louer ses services à d'autres fermiers, dans la région d'Ergué-Gaberic.
Pour aider sa famille, le petite Jean-Marie exerça très tôt le métier de mendiant, c'est-à-dire qu'il allait mendier du pain et des restes de nourriture chez les paysans plus aisés, leur promettant en échange de prier pour eux, ce que, conformément à l'usage du temps, il commençait à faire sur le champ. En ce temps-là, on croyait que les prières des jeunes enfants mendiants apportaient plus de grâces en paradis à ceux pour lesquels ils priaient.
Enfant timide mais extrêmement intelligent, voire surdoué comme on dirait probablement de nos jours, le petit Jean-Marie, tout en étant heureux de pouvoir aider ses parents, comprit très vite toute l'hypocrisie du procédé. Ceux qui donnaient pain et restes à l'enfant ne le faisaient pas par charité : comme Victor Hugo l'écrit dans ses "Misérables", ils "s'achetaient un peu de paradis."
C'est probablement dans cet étrange métier que lui imposait l'instinct de conservation que l'on doit rechercher les racines du formidable rejet de la religion, particulièrement chrétienne et catholique, que Déguignet manifestera jusqu'à son dernier jour.
Dès qu'il le put, l'adolescent opta pour la profession de vacher, à la ferme-école de Kermahonet en Kerfeunteun. La soif de connaissance le tourmentait déjà depuis belle lurette puisqu'il avait appris à lire breton et latin dans ... les livres de messe. 
A Kermahonet, il s'attaqua à la langue des "envahisseurs" : le français. Et il s'en tira très bien, sa monumentale "Histoire ..." le prouve amplement.
De nos jours, il paraît tout naturel de parler français. Mais si l'on replace les faits dans le contexte des années 1840/1850, il faut rappeler que, à cette époque, les Bretons n'étaient pas les seuls à ne pas savoir parler français. Dans d'autres provinces du pays, on se heurtait au même phénomène. C'est la IIIème République - honnie elle aussi par Déguignet - qui, avec ses "hussards noirs", parviendra peu à peu à faire du français la langue-reine de notre pays.
Pour l'instant, revenons à 1854, date de l'engagement de Déguignet dans l'armée de Napoléon III. Il va y rester 14 ans et y deviendra même sous-officier. Il ira en Crimée, en Palestine, au Mexique (où il apprendra l'espagnol), en Italie (où il apprendra l'italien), en Kabylie (où il remarquera, non sans raison, une ressemblance prononcée entre la prononciation de certaines lettres bretonnes et celle de certains caractères arabes).
Quand il est démobilisé, il regagne la Bretagne. Il avait de belles économies mais il semble être tombé plus ou moins amoureux de la fille d'une fermière ruinée. Pour se marier, il reprit le bail de sa belle-mère et travailla donc comme fermier pendant quinze ans pour le compte d'un hobereau breton qui ne devait par la suite lui avoir aucune reconnaissance des bons soins donnés à la propriété.
Après la mort de sa femme dans une crise de delirium tremens, Déguignet, qui se retrouvait veuf avec trois enfants, put se faire donner un petit bureau de tabac. Mais ce bureau se trouvait sur le territoire très clérical du curé de Pluguffan et celui-ci, que les théories athées et anarchistes de Déguignet portaient, à chaque fois que les deux hommes se croisaient, aux limites de l'apoplexie, fit tout pour boycotter le nouveau débitant.
Vaille que vaille, Déguignet tint bon quelques années et puis, il se lassa, loua à son tour son bureau de tabac et s'en fut à Quimper. Lorsqu'ils avaient eu l'âge de travailler, ses enfants avaient été récupérés par leur famille maternel et le malheureux se retrouva dans la misère la plus absolue, dans un "trou" infect qui, pendant que je lisais ses mémoires, m'a évoqué celui dans lequel meurt la Gervaise de Zola.
Indomptable, inclassable, déclassé, vraisemblablement atteint d'une forme de paranoïa que les malheurs rencontrés dans l'existence n'avait fait que renforcer, mais toujours doté d'un esprit analytique et d'une soif de connaissance tout bonnement incroyables, Déguignet vivota là-dedans, fréquentant aussi la bibliothèque municipale de Quimper, lisant les journaux, discutant, rédigeant des lettres d'insultes à ceux qui le persécutaient, se rendant impossible à certains mais refusant de perdre une seule miette de sa dignité.
On le trouva mort à la porte de l'Hospice de Quimper, le matin du 29 août 1905.
Il laissait derrière lui une montagne de feuillets dont il avait écrit que, si lui n'en tirait aucun bénéfice, il en serait tout autrement pour ceux qui viendraient après lui. Il ne se trompait pas : aujourd'hui, son "Histoire ..." est traduite jusqu'en Russie.
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André B.
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Sujet: Re: ESPACE DEGUIGNET Lun 19 Nov - 1:49 |
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Déguignet avait mendié dans les fermes l'année terrible où le mildiou avait frappé l'Europe et où il y avait eu je ne sais plus combien de morts de faim. Comme certaines familles ne parvenaient pas à nourrir leurs enfants, elles les envoyaient mendier afin qu'ils se nourrissent eux-mêmes. Les gens ne donnaient presque rien, un bout de crêpe rassie, c'était déjà pas mal. Cette année-là, Déguignet s'était nourri aussi de glands. Sa famille vivait dans un obscurantisme spectaculaire, son père gagnait quelques sous en étant conducteur de chiens noirs : lorsqu'une famille se croyait victime d'un sort, il se rendait dans la ferme avec un chien noir. Les sorts allaient sur le chien noir, le père se rendait avec le chien noir dans les marais qui se trouvent au Nord de la montagne Saint-Michel de Braspart et là les sorts quittaient le chien noir pour aller se perdre dans les marais.
Au sujet d'animaux noirs, Déguignet parle aussi de ce qu'on faisait lors de son enfance aux chats noirs découvreurs de trésors : lorsqu'ils ne découvraient aucun trésor ( ça arrivait ... ), on les mettait dans des sacs à patates et on leur tapait dessus à coup de pen-baz. Déguignet parle d'un enragé qui avait ainsi transformé son chat en bouillie de chat.
Pour son mariage, je pense qu'il s'est marié par amour mais pas par amour pour sa future femme, par amour pour l'humanité *. La situation de cette famille était très critique et Déguignet qui avait le choix entre aller vivre en ermite sur les rives de l'Odet et la secourir avait décidé de la secourir.
Il transforme cette ferme pitoyable en ferme modèle et on vient de loin voir ses innovations. Autour de lui, il n'y avait pour ainsi dire que des abrutis : il passait pour un cinglé lorsqu'il affirmait des choses sensées, par exemple que les abeilles ne volent pas à la vitesse de l'éclair pour aller chercher le pollen en Amérique.
* Je ne le crois pas, j'en suis pratiquement sûr !
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Sujet: Re: ESPACE DEGUIGNET Lun 19 Nov - 2:42 |
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Déguignet excellait en tout. Déjà lors de ses années d'armée où on ne lui demandait pas d'être intelligent, il était un excellent élément. Il n'avait pu s'engager que grace à la levée de volontaires pour la guerre de Crimée. Il avait été refusé au service militaire à cause de sa trop petite taille et alors que tout le monde cherchait à éviter la campagne de Crimée, il était le seul à profiter de l'occasion pour essayer de passer en force afin de pouvoir voir du pays. Au bout de seulement cinq ans, il devient caporal de voltigeurs, ( ce qui prouve son courage puisque les voltigeurs étaient les soldats de première ligne chargés d'enfoncer le front ennemi ou de résister aux charges ) avant l'âge puis sous-officier mais comme il n'aime pas son nouveau milieu il décide de démissionner et là, c'est du Déguignet typique, au lieu de démissionner, il dit avec l'insolence réfléchie qui le caractérise ses quatre vérités à l'un de ses supérieurs.
Ensuite il se réengage lors d'une nouvelle campagne. Lorsqu'il est en Algérie, il y a une scène qui fait un peu penser au film Itinéraire d'un enfant gâté : une nuit, alors qu'il était parti chasser des antilopes avec des camarades, il se retrouve face à un lion. Terrorisés par le rugissement, les autres soldats s'enfuient illico mais Déguignet qui a entendu dire que le lion n'attaque pas l'homme ne s'enfuit pas ( afin de vérifier si c'est vrai ) et reste face au lion, baïonnette en avant, décidé à défendre chèrement sa peau. Et c'est finalement le lion qui fera demi-tour. Ca c'est du Déguignet caractérisé parce que parmi les grands polémistes, qui d'autre que lui serait capable de polémiquer avec un lion ?
Lors de cette campagne, l'armée campe près d'un mont très abrupt et assez élevé qui inspire une terreur telle aux habitants ( personne ne peut en revenir vivant car c'est le royaume des esprits ) que les soldats français eux-mêmes la croient maudite et qu'aucun d'entre eux n'ose en entreprendre l'escalade. Rien de tel pour décider Déguignet à consacrer une journée à l'escalader. Mais après avoir défié un lion, défier les dieux, c'est vrai que ce n'est pas grand-chose.
Soit dit au passage, c'est ce que la tragédie grecque n'a jamais compris et c'est ce qui fait la supériorité de Déguignet sur un Ajax par exemple. Et puis Déguignet, c'est pas du blabla !
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Sujet: Re: ESPACE DEGUIGNET Mar 27 Nov - 17:28 |
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Eh ! non, comme le dit si bien notre ami André, qui a pris quelques vacances et nous reviendra bientôt, ce n'est pas du blabla. Pourtant, cet énorme "pavé" de plus de 900 pages (dans lesquelles il faut inclure l'index, le texte de Déguignet, sans les annexes, se regroupant sur 869 pages) abonde en paragraphes serrés, touffus, semblables à des blocs ou à des pierres de taille qui ont donc servi à dresser un monument posthume à un personnage hors du commun et hors de son temps.
Ajoutez à cela les notes, en bas de page, les "bretonnismes" dont le texte est truffé, la rage anti-cléricale du bonhomme, un esprit d'analyse carré, puissant, qui tient du prodige, un amour de la discussion pour la discussion qui tient, lui aussi, de l'exceptionnel, et vous vous ferez une bonne idée de cette "Histoire de Ma Vie."
L'avantage - et l'inconvénient - de la version intégrale, c'est que rien n'y est épargné au lecteur, pas même les répétitions et les redites. Car il est évident que Déguignet, sur la fin, vivant seul et n'ayant personne ni pour le relire, ni même pour le lire, refusant lui-même de se relire, aigri sans doute (et on le comprend) par ses malheurs, tombant dans une paranoïa que les événements de son existence avaient eu beau jeu de réveiller et d'alimenter, Déguignet n'a pas évité de patiner dans les injures et les malédictions.
D'où vient alors que la puissance du récit, le charme du conteur et l'authenticité de son texte parviennent, encore et toujours, à enchaîner le lecteur ?
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Sujet: Re: ESPACE DEGUIGNET Mar 27 Nov - 18:38 |
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Eh ! bien, parce que, bien que né au XIXème siècle et ayant connu aussi bien les guerres du Second Empire que les débuts de la IIIème République, c'est en homme du XXème, et même du XXIème siècle que raisonne Jean-Marie Déguignet.
Avec lui, on retourne aux sources de la misère paysanne telle qu'elle existait encore après la récupération de la Révolution par la bourgeoisie française. Et l'on sent retomber sur nos épaules la chape de plomb que représentaient à l'époque ces deux ennemis jurés de "L'Assiette au Beurre" : le sabre et le goupillon.
Ah ! Le goupillon ! ... Pour les athées et les anti-cléricaux forcenés, lire Déguignet est une jouissance absolue car cet homme qui, jamais, ne connut l'école, a l'élégance suprême d'éviter au maximum de tomber dans la vulgarité lorsqu'il décrit ce clergé et ces bigots qui pesèrent si lourdement sur son destin. Certes, il piétine, il éructe, il rage, il s'époumone - surtout sur la fin. Mais on le lui pardonne bien volontiers tant on le sent sincère et viscéralement rebelle.
En ce qui concerne le sabre, c'est un peu différent. Déguignet, en effet, fut militaire et devint même sous-officier. Ce qu'il blâme, ce sont surtout les horreurs de la guerre moderne et la sottise et l'infamie des officiers qui conduiront la France au désastre de Sedan puis, quelques années après, à l'ignoble Affaire Dreyfus. Mais l'armée, Déguignet est clair là-dessus, il en faut bien une et il semble pencher vers l'armée de métier.
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Sujet: Re: ESPACE DEGUIGNET Mar 27 Nov - 18:49 |
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Figure récurrente dans "Histoire de Ma Vie", et non des moindres : le Christ.
Déguignet passe les trois-quarts de son livre à le traiter de tous les noms d'oiseaux qu'il connaît - et il en connaît pas mal. Mais dans la dernière partie et sans renoncer un seul instant à ses injures, il reconnaît aussi l'aspect révolutionnaire, voire anarchiste du personnage.
Car il y a beaucoup de contradictions chez Déguignet. Celle qui m'a le plus frappée - et amusée car je comprends parfaitement le raisonnement et je l'approuve - est celle-ci :
Déguignet commence par se moquer des saints bretons qui, de fait et comme lui-même le savait déjà, ne sont que des récupérations faites par l'église chrétienne de personnages légendaires celtiques, voire parfois de simples noms de lieux-dits - eh ! oui. Puis, il observe - et l'on sent son indignation qui gonfle, qui gonfle, qui va éclater - qu'aucun de ces saints ne semble connu des livres pieux de l'époque. Il en conclut donc que les saints bretons ne se retrouveront jamais au paradis mythique où se dorent leurs confrères juifs, grecs, romains, etc ...
Et d'assener, avec un mépris somptueux :
- "Mais de toutes façons, nous, Bretons, nous n'avons que faire de votre paradis !"
... Il ne menace pas d'en créer un spécialement pour les saints discriminés mais ... c'est tout juste. 
C'est par des traits aussi attachants que cette étrange personnalité trouve le moyen de toucher encore nos coeurs.
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Julie
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Sujet: Re: ESPACE DEGUIGNET Dim 9 Déc - 16:58 |
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Je n'ai pas encore lu ce livre pour deux raisons : d'abord parce que Jean Rohou étant léonard, je craignais à tort le pire ( complaisance avec le sous-développement et la bêtise ) . Ensuite parce que Jean Rohou ayant été professeur d'université je craignais également à tort le pire ( mépris, égocentrisme etc ).
Ce que tu dis Julie ainsi que tes liens montrent bien qu'on peut lire Jean Rohou. Par ailleurs, je l'ai déjà vu il y a quelques années au salon du livre d'histoire de Pontivy. J'ai tout de suite remarqué qu'il s'agissait avant tout d'un homme modeste et sans orgueil particulier.
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Julie
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Sujet: Re: ESPACE DEGUIGNET Lun 10 Déc - 0:52 |
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Désolée de remettre mon paternel sur le tapis, mais il a vu Jean Rohou au Festival du livre de Carhaix et il lui a donné l'impression, comme à toi, d'être quelqu'un de modeste et de gentil. Un de mes cousins, très intéressé par l'histoire de la Bretagne (et des Léonards, puisque la famille de notre grand-mère venait de là - mais j'ai les mêmes idées que toi là-dessus, André !), a dévoré le livre - et il ne supporte pas les auteurs prétentieux, donc je suppose que Fils de ploucs ne l'était pas du tout. Quant aux professeurs d'université, apparemment, Rohou leur remet les pendules à l'heure à la fin du deuxième tome. Bref, ce monsieur a l'air très respectable et dès que je pourrai je lirai son livre !
_________________ En-dehors du chien, le livre est le meilleur ami de l'homme. En-dedans, il fait trop noir pour y lire. (Groucho Marx)
Le travail est la malédiction des classes buveuses. (Oscar Wilde)
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