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Mémoires - Abbé de Choisy |
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Masques de Venise
Mécréante Suprême




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Date d'inscription: 06/05/2005
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Sujet: Mémoires - Abbé de Choisy Sam 18 Juil - 11:32 |
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16 août 1644, Paris : naissance de François-Timoléon de Choisy, mémorialiste.
Son arrière-grand-père, Jean Ier de Choisy, qui naquit vers 1525, était marchand de vins en gros. Son grand-père, Jean II, grimpa d'un cran dans la hiérarchie sociale puisqu'il acheta la charge de receveur général des finances de Caen. Quant à son père, Jean III, il sauta carrément au Conseil d'Etat, devint intendant du Languedoc puis fut le chancelier de Gaston d'Orléans, frère cadet de Louis XIII. Il épousa en outre une petite-fille de Michel de l'Hospital, qui avait été chancelier du royaume sous les Valois.
La nouvelle Mme de Choisy était en outre une intime de Marie de Gonzague, reine de Pologne, et était très en cour auprès de la Régente Anne d'Autriche. La Régente envoyait souvent son fils cadet, Philippe, jouer chez Mme de Choisy et en ces occasions, on habillait le petit François en fille, avec robes amples, "rouge" et mouches. C'est donc à cette époque que l'enfant prit ce goût du travestissement féminin qui ne devait jamais le quitter, au point que, septuagénaire et ecclésiastique, il s'habillait encore en femme pour rédiger sa fameuse "Histoire de l'Eglise."
Des relations aussi hautes ne pouvaient que faciliter l'introduction de François-Timoléon à la cour de la Régente, puis de Louis XIV. De dix-huit à vingt-deux ans, le jeune homme étudie également la philosophie et la théologie à la Sorbonne. Il obtient ensuite le titre d'abbé et les revenus afférents à l'abbaye de Sainte-Seine-en-Bourgogne.
Cela ne l'empêche pas de vivre habillé en femme, dans le quartier Saint-Médard. Il adopte même un nom féminin, celui de Mme de Sancy, et vit ainsi très bien, avec, paraît-il, l'approbation de son curé et celle de son évêque. Mais un soir, à l'Opéra, le duc de Montausier, gouverneur du Dauphin (Monseigneur, fils aîné de Louis XIV), lui fait publiquement reproche du scandale qu'il cause. L'abbé se retire alors à Bourges.
Va-t-il reprendre au moins l'habit ecclésiastique ? Ce serait mal le connaître. Il conserve robes et parures et devient la comtesse de Barres. Détail encore plus déconcertant : ce ne sont pas des hommes qu'il séduit en pareil équipage, bien au contraire car, contrairement à Monsieur, son ancien compagnon de jeux, l'abbé de Choisy ne manifesta jamais de goûts homosexuels. Non, ce sont les femmes qu'il séduir : filles de bonne famille et comédiennes. Il aura même un enfant de l'une de ses conquêtes.
Son autre passion, contractée lors d'un séjour à Venise, c'est le jeu, qui le ruinera complètement. Mais il lui reste ses bénéfices ecclésiastiques et ses relations. Ainsi, en 1676, c'est avec le duc de Bouillon, un vieil ami, qu'il visite Rome et y rencontre Daniel de Cosnac, évêque de Valence.
En août 1683, il tombe gravement malade et redoute de voir sa dernière heure arrivée. Il approche de la quarantaine et, remis sur pieds, décide de de changer son mode de vie. Il se retire un an au séminaire des Missions étrangères puis, en qualité de coadjuteur, il part pour le Siam avec le chevalier de Chaumont. C'est durant ce voyage qu'il est ordonné prêtre par Louis Laneau, évêque de Métellopolis.
Revenu en France, il raconte son périple dans un très vivant "Journal de voyage au Siam" qu'on a encore plaisir à lire aujourd'hui. Devenu bénéficiaire du prieuré de Saint-Benoît-du-Sault, puis nommé doyen du chapitre de la cathédrale de Bayeux, il est reçu à l'Académie française en août 1687. Il y collabore avec Charles Perrault à la rédaction des "Opuscules sur la langue française."
Chez lui, il se remet à l'écriture, rédigeant une brève biographie de Mme de Miramion, sa parente, dont l'un des rares titres de gloire fut la tentative d'enlèvement à son encontre que commit Bussy-Rabutin et que l'abbé nous raconte avec malice et prestesse.
Choisy poursuit avec ses "Mémoires pour servir l'histoire de Louis XIV", que compulsa entre autres Saint-Simon. Il y a aussi sa très volumineuse "Histoire de l'Eglise" - en onze volumes - au sujet de laquelle il aurait déclaré, avec l'humour qui le caractérisait : "J'ai achevé, grâce à Dieu, l'histoire de l'Eglise ; je vais, présentement, me mettre à l'étudier."
La Mort ne lui en laissa guère le temps. Elle vint le prendre le 2 octobre 1724, alors qu'il écrivait encore. Etait-il encore habillé en femme ? Les témoins ont omis de nous l'indiquer.
Le style de l'abbé de Choisy est à la fois simple, alerte et plein de gaieté. Même s'ils ne sont pas aussi puissants que ceux brossés plus tard par Saint-Simon, ses portraits des grands personnages qu'il connut valent le détour. Il a un talent certain pour dépeindre l'homme sous le grand seigneur et le lecteur s'étonne souvent de découvrir un sens certain de l'humour à des figures que, jusque là, il n'avait imaginées que figées dans l'Histoire.
A lire et à déguster, comme on déguste un bon verre de liqueur, le soir, au coin du feu.
_________________ Ecrasons les Infâmes ! - D'après (et avec la bénédiction posthume de) Voltaire
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Sujet: Re: Mémoires - Abbé de Choisy Mar 18 Aoû - 21:11 |
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Mémoires
Plus on avance dans ses "Mémoires", plus on acquiert la certitude que l'abbé de Choisy était un homme charmant. Dans tous les sens du terme. On a l'impression d'être assis en compagnie d'un hôte aux petits soins qui nous raconte, avec sérieux ou drôlerie, les mille et une histoires d'une Histoire que les relations de sa mère lui ont donné l'occasion de traverser avec discrétion certes mais aussi l'attention perpétuellement en éveil.
On imagine Saint-Simon maniant avec fièvre des brassées de parchemins et de journaux tels celui de Dangeau. Chez le petit duc, la plume glisse, s'envole, s'accroche aussi et griffe, rageuse, crépitante, plus souvent qu'à son tour. Saint-Simon a l'ironie féroce de l'aristocrate qui méprise le courtisan et la lucidité sans faille de celui qui respecte trop l'Histoire pour la faire mentir. Evidemment, de temps à autre, il s'égare et instruit un peu trop à charge. Mais, deux pages plus loin, dans un sursaut d'honnêteté, il allège son réquisitoire, il consent une ou deux vertus délicates à celle qu'il tient pour une arriviste, à celui en qui il ne voit qu'un bien pauvre sire. Saint-Simon oeuvre avec sérieux et les sourires suscités par ses portraits ont beaucoup du ricanement.
Toute différente est la démarche de l'abbé de Choisy. Non qu'il n'ait pas, lui aussi, le sens de l'Histoire. Simplement, il la relativise et il admet avec plus de facilité que le personnage historique est également un homme ou une femme. Et puis, Choisy est l'indulgence même - sauf envers le cardinal de Retz, qu'il ne semble guère priser. Les portraits qu'il brosse, les événements qu'il relate prennent du coup le relief exquis des miniatures de grand prix. Ses modèles s'humanisent et, n'étaient leurs titres et leurs fonctions, on oublierait presque qu'ils ont joué leur rôle sous la Régence d'Anne d'Autriche, puis sous le règne de son fils.
Choisy n'a pas non plus la veine chronologique. Il va gaiement d'un personnage à l'autre, conservant toutefois un fil directeur qui le ramènera à son point de départ une fois qu'il aura dévidé l'écheveau des souvenirs qui le concernent. Sa plume sautille, joue à la marelle, traîne dans les flaques, en ressort en s'ébrouant et repart de plus belle, à cloche-pied. L'abbé s'amuse et le lecteur ne voit pas le temps passer et ceci, chose qu'il faut souligner, même s'il a déjà lu le récit des mêmes événements chez Madame Palatine, Saint-Simon ou encore Mme de La Fayette.
Bref, si l'abbé de Choisy n'a sûrement pas la puissance de Saint-Simon, ses "Mémoires" ne doivent pas être pour autant laissés de côté, dans le recoin poussiéreux d'une étagère de grenier. Il s'agit d'un complément indispensable, que l'amateur de documents du même type prendra un plaisir gourmand à déguster - satisfaction que ne lui aurait certes pas reprochée François-Timoléon, abbé de Choisy.
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