 Nota Bene Forum Littéraire Résolument Atypique Tapissé de Mots, de Livres, de Littérature ... Exclusivement Réservé Aux Lecteurs Gourmets & Passionnés mais Non-enclins à la Mièvrerie |
| | | | Auteur | Message |
|---|
Masques de Venise Mécréante Suprême


   Age : 48 Inscrit le : 06 Mai 2005 Messages : 14175 Localisation : Sous vos yeux mais vous ne me voyez pas ... Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
| Sujet: Chateaubriand. Dim 18 Nov - 16:42 | |
| Né en 1768 à St Malo, François-René de Chateaubriand appartenait à l'antique aristocratie bretonne. Elevé en un premier temps en nourrice, comme il était alors d'usage, il regagna cependant le giron familial lorsque, en 1771, son père, le comte René-Auguste de Chateaubriand, remis à flot par son flair commercial, acheta le château de Combourg.
C'est là que le futur écrivain passa une bonne partie de son enfance, dans ce Combourg moyen-âgeux qu'il évoquera avec passion et nostalgie dans ses "Mémoires d'Outre-Tombe."
Après des études à Dol-de-Bretagne et à Rennes, le jeune vicomte fut nommé sous-lieutenant au régiment de Navarre. Il n'avait que dix-sept ans. Fait capitaine deux ans plus tard, il monta à Paris en 1788 et s'y lia avec un certain nombre de personnalités littéraires, tels que La Harpe, Chénier, Rivarol, etc ...
D'abord intéressé par la Révolution française, les excès sanglants qui parsèment alors les rues de la capitale l'en dégoûtent très vite et il s'embarque pour le Nouveau Monde. Il y restera à peu près un an et y composera son poème des Natchez
De retour à Paris en 1792, il y assiste à l'ascension des Thermidoriens - les portraits qu'il fait des conventionnels dans le tome I de ses "Mémoires" sont parmi les plus forts qui aient jamais été écrits. Décidé à réagir, il part s'engager à Coblentz dans l'Armée des Princes et laisse à Paris, à la garde de son frère et de sa belle-soeur, sa jeune épouse, Céleste, née Buisson de la Vigne.
Mais quand, blessé au siège de Thionville, on le rapatrie sur Jersey, en 1793, il apprend que son frère et sa belle-soeur ont été exécutés par les révolutionnaires. Sa femme, elle, n'a dû son salut qu'à la chute de Robespierre et a regagné la Bretagne.
Chateaubriand, lui, s'installe à Londres où il vit, avec nombre d'émigrés, dans des conditions matérielles extrêmement difficiles. Il flirte également pas mal et c'est là qu'il publie son premier ouvrage important : "Essai sur les révolutions anciennes et modernes ..."
 Chateaubriand, vers 1787 _________________ http://notabene.forumactif.com/ http://blog.bebook.fr/woland/index.php/
Dernière édition par le Dim 18 Nov - 17:29, édité 2 fois |
|  | | Masques de Venise Mécréante Suprême


   Age : 48 Inscrit le : 06 Mai 2005 Messages : 14175 Localisation : Sous vos yeux mais vous ne me voyez pas ... Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
| Sujet: Re: Chateaubriand. Dim 18 Nov - 16:46 | |
| La mort de sa mère, en le ramenant à la religion catholique, aura sur son oeuvre une influence capitale puisqu'elle fera de lui, avant Lamennais, le chantre lyrique et passionné du christianisme. Il est de retour en France depuis le Consulat et, en 1801, y fait paraître "Atala", unaniment salué comme un chef-d'oeuvre par ses contemporains mais qui laissera peut-être un peu froids les lecteurs du XXIème siècle que nous sommes.
Puis il s'attaque à "René", livre emblématique du Romantisme dont Chateaubriand est peut-être le premier véritable représentant en France. Y est évoqué - mais très chastement - l'amour platonique mais trouble qui unissait l'auteur à sa soeur, Lucile :
Le 14 avril 1802, sort "Le Génie du Christianisme", apologie du sentiment religieux et particulièrement chrétien et catholique, qui influera considérablement sur la société de l'époque.
Remarqué par Bonaparte, alors Premier consul, Chateaubriand accompagne l'oncle du futur empereur, le cardinal Fesch, à Rome, en qualité de secrétaire d'ambassade. Un ambassadeur se devant de tenir table ouverte et élégamment tenue, notre romancier se rappelle alors qu'il est marié et, avant son départ, fonce en Bretagne pour demander à Céleste de l'accompagner. Mais la jeune femme, qui a eu vent de la liaison de son mari avec la comtesse de Beaumont, refuse.
Chateaubriand aurait peut-être pu faire une brillante carrière diplomatique sous le régime bonapartiste si l'assassinat du duc d'Enghien, descendant direct du Grand Condé, le héros de Rocroi, et prince du sang, ne l'avait incité à donner sa démission du gouvernement. Il passe alors à l'Opposition pour laquelle sa plume est une recrue de tout premier ordre. _________________ http://notabene.forumactif.com/ http://blog.bebook.fr/woland/index.php/
Dernière édition par le Dim 18 Nov - 17:25, édité 2 fois |
|  | | Masques de Venise Mécréante Suprême


   Age : 48 Inscrit le : 06 Mai 2005 Messages : 14175 Localisation : Sous vos yeux mais vous ne me voyez pas ... Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
| Sujet: Re: Chateaubriand. Dim 18 Nov - 16:48 | |
| Après un voyage en Orient, Chateaubriand est exilé, sur ordre de Napoléon Ier, à quelques lieues de Paris, où il acquiert la Vallée-aux-Loups, près de Sceaux, qu'il évoque encore avec nostalgie dans le premier tome des "Mémoires." Nous sommes en 1806, Mme de Beaumont est morte en Italie et Céleste rejoint son mari. Celui-ci se plonge alors dans la rédaction des "Martyrs", épopée religieuse qui paraîtra trois ans plus tard. En 1811, sortira l'"Itinéraire de Paris à Jérusalem", où Chateaubriand reprend les notes de son voyage en Orient.
A la même époque, le romancier est élu à l'Académie française mais son discours de réception, hostile à certains actes révolutionnaires, lui vaut une espèce de mise à pied. Il ne pourra donc siéger quai Conti qu'après la Restauration.
Comme beaucoup d'autres avec lui, Chateaubriand débordait d'enthousiasme lorsque Louis XVIII fit son entrée à Paris. Le nouveau monarque le nomma d'ailleurs ambassadeur à Suède mais c'était compter sans Napoléon qui revint de l'île d'Elbe pour son dernier vol : les Cent Jours.
Après Waterloo, Chateaubriand est nommé ministre d'Etat et pair de France. Mais sa courageuse attaque contre l'ordonnance du 5 septembre 1816 qui dissolvait la Chambre introuvable, lui vaut une disgrâce immédiate. Il retourne alors à l'Opposition et devient l'un des principaux rédacteurs du "Conservateur."
En 1820, à la mort du duc de Berry, il bénéficie d'un retour à la faveur et est nommé ambassadeur en Grande-Bretagne. Il participe également au congrès de Vérone, tient un rôle important dans la déclaration de la guerre à l'Espagne et obtient en récompense le portefeuille des Affaires étrangères. Néanmoins, son différend avec M. de Villèle, chef du cabinet, après la bataille de Cadix, le fait à nouveau congédier, le 5 juin 1824.
 Céleste de Chateaubriand, née Buisson de La Vigne _________________ http://notabene.forumactif.com/ http://blog.bebook.fr/woland/index.php/
Dernière édition par le Dim 18 Nov - 17:30, édité 2 fois |
|  | | Masques de Venise Mécréante Suprême


   Age : 48 Inscrit le : 06 Mai 2005 Messages : 14175 Localisation : Sous vos yeux mais vous ne me voyez pas ... Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
| Sujet: Re: Chateaubriand. Dim 18 Nov - 16:50 | |
| D'ultra, Chateaubriand se transforme du coup en libéral averti et en ardent défenseur de la liberté de la presse. Ce qui lui vaut une très grande popularité, de même que sa prise de position en faveur de l'indépendance grecque.
La chute de son ennemi, Villèle, le fait nommer à nouveau ambassadeur, cette fois à Rome. Sa femme est à ses côtés cette fois-ci pour l'aider à tenir son rang. Mais la montée du ministère Polignac est contraire aux idées de Chateaubriand, qui démissionne. Il faudra cependant attendre la Monarchie de Juillet, en 1830, pour le voir se retirer définitivement des affaires.
Jusqu'au bout, il restera partisan des Bourbon face à la branche des Orléans et son "Mémoire sur la captivité de Mme la duchesse de Berry", qui sort en 1833, lui vaudra même un procès et des menaces d'emprisonnement.
Dès 1811, il avait commencé une "Histoire de ma vie" que, dans le calme relatif de sa retraite (il trompe toujours sa femme et se prosterne devant Juliette Récamier), il reprend, élague, allonge, modifie. Ainsi naît l'oeuvre de Chateaubriand qui demeure la plus lue : les "Mémoires d'Outre-Tombe."
En principe - et comme leur nom l'indique - elles n'eussent dû paraître qu'après sa mort. Mais, poursuivi par les soucis d'argent, il les cède à l'éditeur dès 1836. Lui-même n'a plus que douze ans à vivre. Il s'éteint en 1848, à Paris, dix-huit mois après le décès de sa femme.
Selon sa volonté, sa dépouille mortelle repose sur le rocher du Grand-Bé, situé dans la rade de Saint-Malo : Chateaubriand, ce Breton qui fut l'initiateur du Romantisme français, n'avait pu en effet concevoir sa dernière demeure que solitaire et parlant à la mer.  _________________ http://notabene.forumactif.com/ http://blog.bebook.fr/woland/index.php/ |
|  | | Masques de Venise Mécréante Suprême


   Age : 48 Inscrit le : 06 Mai 2005 Messages : 14175 Localisation : Sous vos yeux mais vous ne me voyez pas ... Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
| |  | | gemini Littérophage Notabéniste Avec Mention Spéciale.


   Age : 42 Inscrit le : 11 Juil 2007 Messages : 1504 Localisation : mouais Emploi : cosmonaute Loisirs : lecture
| Sujet: Re: Chateaubriand. Dim 18 Nov - 19:27 | |
| | Voilà une tombe qui a de la gueule ! |
|  | | André B. Trésorier du Grand Ordre de Nota Bene


Inscrit le : 10 Mai 2005 Messages : 3352
| Sujet: Re: Chateaubriand. Lun 19 Nov - 0:40 | |
| MDV, tu vas rire : ce que je vais dire est rigoureusement exact, parole d'honneur.
Aujourd'hui tu as posté une photo de la tombe de Chateaubriand. Et bien, hier soir, je me suis dit qu'en revenant de vacances je posterai peut-être des photos sur Nota Bene. Problème, je ne me suis mis à la photo numérique que très récemment et n'ai encore jamais posté de photos autres que celles trouvées sur internet. Je me suis donc dit que j'allais poster une des miennes afin de voir si j'arrive à le faire.
J'ai donc fait comme si j'allais poster un message et je me suis dit que comme j'ai une photo de l'île sur laquelle il y a la tombe de Chateaubriand, j'allais m'entraîner avec celle-là, ce que j'ai fait. J'ai donc visualisé le message et tout marchait impeccable. Mais ma photo " littéraire " est une photo ratée ( trop floue ) et donc je ne l'ai pas postée. Remarque, j'aurais pu le faire et supprimer ensuite mon message.
Bon, aujourd'hui je me connecte et que vois-je, justement une photo de la tombe de Chateaubriand que tu as postée, je me demande si nous ne serions pas tous les deux un peu télépathes ...  _________________ Je ne suis qu'à moitié idiot et j'ai le vice de la tolérance. |
|  | | Masques de Venise Mécréante Suprême


   Age : 48 Inscrit le : 06 Mai 2005 Messages : 14175 Localisation : Sous vos yeux mais vous ne me voyez pas ... Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
| |  | | Thomas Ordonnateur des Basses Oeuvres de Nota Bene - il en est fier, en plus ...


   Age : 32 Inscrit le : 04 Avr 2006 Messages : 6737 Localisation : Paris Emploi : Passionnant mais indescriptible... Loisirs : Littérature, Cinéma, Photo, Cuisine
| Sujet: Re: Chateaubriand. Lun 19 Nov - 11:51 | |
| Bien sûr que ça existe, la télépathie, entre les êtres qui sont en empathie profonde ! Enifn, je dis bien sûr, mais c'est juste pour signifier que j'en suis persuadé, je n'ai aucun moyen de le prouver que l'expérience que j'en ai. _________________ "Le secret douloureux des dieux et des rois, c'est que les hommes sont libres." Jean-Paul Sartre, Les mouches "La sensualité est la condition mystérieuse, mais nécessaire et créatrice, du développement intellectuel." Pierre Louÿs, Aphrodite
http://politiculture.hautetfort.com |
|  | | Masques de Venise Mécréante Suprême


   Age : 48 Inscrit le : 06 Mai 2005 Messages : 14175 Localisation : Sous vos yeux mais vous ne me voyez pas ... Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
| |  | | Masques de Venise Mécréante Suprême


   Age : 48 Inscrit le : 06 Mai 2005 Messages : 14175 Localisation : Sous vos yeux mais vous ne me voyez pas ... Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
| Sujet: Re: Chateaubriand. Jeu 14 Fév - 0:40 | |
| 
Les "Mémoires d'Outre-Tombe" sont peut-être l'ouvrage le plus connu de Chateaubriand. Les résumer est chose impossible et inciter à les lire, en ces temps voués à la dictature de l'image et du clinquant, relèverait pour certains de la gageure. Pourtant, malgré tout ce qui peut, en eux, heurter notre sensibilité moderne, ces "Mémoires ..." que l'auteur a polis et repolis en les tirant très souvent vers la biographie romancée, méritent non seulement qu'on les lise mais encore qu'on les relise.
Les douze premiers livres des "Mémoires d'Outre-Tombe", c'est avant tout Combourg, l'antique château où Chateaubriand passa son enfance et son adolescence. En tous cas, c'est la première image qui nous vient plus tard à l'esprit lorsqu'on évoque ce premier tome. Des pierres descellées sur les chemins de ronde battus des vents ; le souffle du vent s'infiltrant dans des pièces trop hautes d'où la mauvaise saison chasse toute chaleur ; des fantômes que réveillent les histoires gothiques racontées par les dames de Chateaubriand ; un père distant et figé dans une sorte de misanthropie mal dissimulée ; une mère bavarde et pieuse, qui avait dû rêver mieux que cette solitude grandiose mais terrible ; une soeur trop aimée avec qui le futur romancier entretiendra toujours une relation ambiguë et enfin un petit garçon voué au bleu marial par sa nourrice bretonne, qui se transforme peu à peu en un adolescent incertain, romantique avant la lettre, qui rêve aux hiboux et aux horizons lointains, peut-on concevoir meilleur terrain pour une nature d'écrivain ?
Evidemment, ce premier volume comporte encore bien d'autres choses, dont de saisissants portraits des ténors de la Convention brossés par un oeil visionnaire dans la tourmente révolutionnaire qui va tout emporter. Il y a aussi le mariage de l'auteur, une évocation discrète et gourmée ; des considérations très instructives sur l'idée que Chateaubriand se faisait de la noblesse et de ses représentants - considérations auxquelles, toute sa vie, fait exceptionnel pour n'importe quel homme ambitieux, il restera fidèle ; les descriptions des paysages encore inexplorés de ce qui deviendra les USA ; l'exil temporaire en Angleterre alors que, à Paris, le frère aîné du romancier est fauché par la Terreur et même, cerise sur le gâteau pour le littéraire impénitent, une espèce de mini-essai sur les littératures française et anglaise.
L'ensemble dans un style unique qui semble jouer au trait d'union entre la langue quasi parfaite des Lumières et les longues tirades parfois fabuleuses, parfois ampoulées qui s'apprêtent à marquer le XIXème siècle commençant. Un prodige, ce style. Lu à haute voix, il se savoure comme quelque mets rare et singulièrement fruité. Lu "dans la tête", il arrive qu'on s'y sente un peu perdu, étourdi par sa cadence hautaine et ses envolées d'oiseau de proie.
Seule ombre au tableau : le désir forcené de Chateaubriand de se poser en victime du Destin. Comme tout romantique digne de ce nom, il aime les apitoiements et les invocations un peu baroques : Dieu, l'Univers, le Siècle, la Révolution, la Nature, etc ... il les apostrophe tous. Mais compte tenu du plaisir raffiné qu'il nous offre si généreusement, ne peut-on pas lui pardonner cette faiblesse qui nous rappelle finalement que, tout comme nous, Chateaubriand était bien un être humain ?  _________________ http://notabene.forumactif.com/ http://blog.bebook.fr/woland/index.php/ |
|  | | |
| Page 1 sur 1 |
| | Permission de ce forum: | Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
| | |
| |
|