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Masques de Venise Mécréante Suprême


   Age : 48 Inscrit le : 06 Mai 2005 Messages : 14272 Localisation : Sous vos yeux mais vous ne me voyez pas ... Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
| Sujet: Edna O'Brien. Jeu 29 Mar - 14:12 | |
| Edna O'Brien est née à Tuamgraney, dans le comté de Clare, en Irlande, le 15 décembre 1930. Bien plus tard, elle dépeindra sa ville comme emprisonnée sous la lourde chape de la religion. Quant à sa mère, elle la représente comme une femme de caractère, assez dirigiste, qui, après avoir émigré un temps aux Etats-Unis où elle avait travaillé comme serveuse à Brooklyn dans un bar tenu par des Américano-Irlandais, était revenue au pays pour y fonder une famille. Ce n'est sans doute pas un hasard si ce passé est celui qu'elle prêtera plus tard à Josie, l'héroïne de "La Maison du Splendide Isolement" dont nous parlerons plus loin.
C'est en 1960 que sort le premier ouvrage d'Edna O'Brien : "The Country Girls", premier volet d'une trilogie romanesque qui traite haut et clair de la sexualité féminine en Irlande et qui se verra condamnée en chaire et même vouée à l'autodafé par un prêtre trop zélé. (Les deux autres tomes, "The Lonely Girl" et "Girs in Their Married Bliss" sortiront respectivement en 1962 et 1964.)
En 1970, elle persiste et signe avec "A Pagan Place" où elle évoque son enfance dans une ville irlandaise aux moeurs répressives. Le tollé est là encore général : les parents d'Edna eux-mêmes - sa mère surtout - sont choqués. C'est d'ailleurs contre la volonté de ses parents que la jeune femme avait épousé l'écrivain Ernest Gebler, d'origine judéo-tchécoslovaque, dont elle a eu deux fils.
Signalons aussi que, en 1981, Edna O'Brien écrivit "Virginia", sur le destin de Virginia Woolf, pièce qui fut montée avec succès à New-York quatre ans plus tard. On lui doit aussi une remarquable biographie de James Joyce (1999).
Bien qu'elle ait longtemps vécu et travaillé loin de la "Terre Sacrée" de ses ancêtres celtes, chez l'oppresseur britannique tant honni, Edna O'Brien - signe des temps nouveaux qui semblent eux aussi s'annoncer pour l'Irlande - vient d'être nommée comme professeur-adjoint de littérature anglaise à l'éminente Université de Dublin. 
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|  | | Masques de Venise Mécréante Suprême


   Age : 48 Inscrit le : 06 Mai 2005 Messages : 14272 Localisation : Sous vos yeux mais vous ne me voyez pas ... Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
| Sujet: Re: Edna O'Brien. Jeu 29 Mar - 14:32 | |
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House of Splendid Isolation Traduction : Jean-Baptiste de Seynes
Sur le blog d'Yvon consacré à la littérature celtique, j'avais cru comprendre qu'Edna O'Brien n'était guère partisane d'une construction littéraire "classique" et que "La Maison du Splendide Isolement" faisait exception à cette tendance. C'est donc par là que j'avais décidé de découvrir son oeuvre - laquelle est impressionnante.
Les premières pages pouvaient cependant faire appréhender une intrigue décousue. Les phrases y sont courtes, sèches, ou alors très vagues. Mais on ne comprendra pourquoi qu'à la fin du roman. Un enfant - quel enfant ? - évoque une maison où il semble vivre (ou, à tout le moins, bien connaître) ainsi que la Vallée du Cochon Noir, ce Gurtaderra décrit dans les livres.
Puis on tombe en plein dans la cavale d'un membre de l'IRA, McGreevy, et dans les soucis que cela cause au responsable policier qui le traque. Et puis enfin, on en arrive à la Maison du Splendide Isolement.
C'est dans cette maison isolée que vit Josie, une vieille femme sans enfants qui ressasse les souvenirs de sa jeunesse. Son emploi de serveuse, jadis, à Brooklyn, avant qu'elle ne revînt en Irlande pour s'y dénicher un mari valable. Le mauvais choix, bien sûr. Non que James fût un mauvais homme mais ... Un minimum ici est dit sur la sexualité du couple mais on comprend très vite que, pas plus que James n'était fait pour Josie, celle-ci n'était faite pour James. Et puis la frustration qui s'installe de part et d'autre, les nuits passées au pub du village pour lui et les rêveries amoureuses de la jeune femme sur le médecin, puis sur le prêtre ... Et la brutalité, l'alcoolisme, les pleurs, les regrets, le veuvage enfin et la solitude ...
Tout cela, Josie le découvre peu à peu au lecteur, alors que l'irruption de McGreevy, bien décidé à se cacher chez elle, lui fait, une dernière fois avant qu'elle n'entende ces bruits de chaînes dans l'escalier qui, selon la tradition familiale, annonce leur mort aux habitants de la maison, considérer ce que fut sa vie, avec ses joies (bien modestes) et ses peines (bien plus nombreuses.)
Une relation étrange, mi-amour, mi-affection mère-fils, se noue pendant ces quelques jours entre le "psychopathe" en cavale et la vieille dame et un peu du passé récent de l'Irlande nous est ainsi restitué : le poids des convenances, le poids de la religion (catho ou protestante, peu importe), le poids de la révolte, le poids de la violence aussi.
Un livre remarquable mais dans lequel on entre par la petite porte, persuadé qu'il n'y existe pas, en fait, de grande porte. C'est pourtant par celle-ci qu'on en ressort - conquis.  _________________ http://notabene.forumactif.com/ http://blog.bebook.fr/woland/index.php/ |
|  | | Julie Grande Prêtresse du Livre


   Age : 27 Inscrit le : 31 Mar 2006 Messages : 2645 Localisation : Paris, hélas Emploi : Libraire Loisirs : Lecture, cinéma, musique et découvertes en général
| Sujet: Re: Edna O'Brien. Jeu 29 Mar - 20:32 | |
| A noter un entretien fort intéressant entre O'Brien et Roth dans Parlons travail de ce dernier, et une préface très élogieuse de lui aux nouvelles complètes d'O'Brien. _________________ Ecrire de la fiction, c'est comme se souvenir de quelque chose qui ne s'est jamais passé. (Siri Hustvedt)
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|  | | Masques de Venise Mécréante Suprême


   Age : 48 Inscrit le : 06 Mai 2005 Messages : 14272 Localisation : Sous vos yeux mais vous ne me voyez pas ... Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
| Sujet: Re: Edna O'Brien. Mar 3 Avr - 13:17 | |
| Et ceci, sur "La Maison ...", que nous communique gentiment Yvon :
| Citation: | MM : Votre travail de recherche pour cette trilogie fut intense, du début jusqu'à la fin. Je sais que vous vous êtes renseignée sur les motivations très complexe des Wild Decembers mais vous avez même rencontré Dominic McGlinchy* pour cette "Maison du Splendide Isolement" où un terroriste irlandais en cavale débarque dans la maison d'une vieille dame et s'y cache. Comment cela s'est-il passé ? Qu'est-ce qui est ressorti de ces discussions avec McGlinchy et quelles furent vos impressions ?
EO'B: Beaucoup, beaucoup de choses, beaucoup d'impressions, et c'est un plaisir pour moi de vous le dire. Mais j'aimerais tout d'abord vous parler de quelque chose qui me tracasse. Il y a le présent, le passé et l'avenir, et une oeuvre de fiction englobe les trois. En ce sens, on peut dire qu'un roman possède une dimension mythique et souterraine.
"La Maison ..." commence ainsi : "L'Histoire est partout, elle s'infiltre dans le sol comme la pluie, ou la grêle ou la neige ou le sang. Une maison se souvient, une remise se souvient, un peuple rumine, le conte diffère selon le conteur." La seule façon pour moi d'écrire sur "les Troubles", ainsi qu'on les appelait de manière très vague à l'époque, était d'amener un croisé de l'IRA venu du Nord dans une maison vide où une femme, seule et âgée, se trouve elle-même enfermée par sa propre perception de l'Histoire.
On me l'a beaucoup reproché, tout particulièrement en Angleterre. Un critique a suggéré que j'avais perdu le talent que j'avais semblé posséder. Il n'a pas précisé comment je m'y étais prise ! C'est le genre de chose que l'on a à supporter mais qui vous permet d'avancer.
Le premier lien sensible qui m'a attachée à Dominic McGlinchy date du début des années 70, lorsqu'il fut capturé le jour de la St Patrick dans une maison, à Clare, non loin de la maison de retraite où se trouvait mon père. Quelques années plus tard, je me trouvais à Dublin, dans une manifestation et j'ai demandé ce qu'il devenait. Une femme a crié à son mari : "Chéri, qu'est-ce qui est arrivé à Dominic McGlinchy ?" Et la réponse est arrivée avec une clairvoyance extraordinaire : "Il a reçu une balle alors qu'il sortait d'une cabine téléphonique." Et c'était bel et bien ce qui s'était passé !
Je lui ai écrit ainsi qu'au gouverneur de Portlaoise, et j'ai obtenu l'autorisation de lui rendre visite. On ne pouvait prendre de notes ou quoi que ce fût et, la première fois que j'ai franchi le portail, Dominic et son gardien s'étaient préparés à ma visite de façon très chevaleresque. Ils avaient apportés des chaises pour que cela fût plus habitable. J'ai demandé "Lequel de vous deux est Dominic ?" et il a répondu : "C'est moi."
Il m'a raconté un grand nombre de choses sur sa vie, son enfance à Bellaghy, parmi les familles catholiques, et toutes les avanies subies par celles-ci de toutes les façons. Il avait quatorze ans quand il fut interné pour la première fois : il n'avait commis aucun crime et c'est cette arrestation arbitraire qui a instillé en lui la résolution de rejoindre l'IRA. Nous savons tous les tueries, les boucheries qui ont eu lieu, des deux côtés des opposants mais il faut bien admettre que ce sont le gouvernement britannique et l'intransigeance de la domination unioniste (les Orangistes ou Loyalistes) qui sont bel et bien responsables de ces années de terreur et de mensonges. (Sources : A Mi-Mot - Traduction : MDV.) |
* : le terroriste de l'IRA qui inspira le personnage de McGreevy dans "La Maison du Splendide Isolement." _________________ http://notabene.forumactif.com/ http://blog.bebook.fr/woland/index.php/ |
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