Masques de Venise
Mécréante Suprême




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Sujet: Les Bâtards du Soleil - Eve de Castro Ven 31 Juil - 20:59 |
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Les Bâtards du Soleil
L'ouvrage consacré par Eve de Castro aux règne de Louis XIV et, plus particulièrement, à la destinée des enfants du Soleil, est écrit dans un français similaire à celui utilisé par Françoise Chandernagor dans "L'Allée du Roi." Ce parti pris donne beaucoup de vivacité au texte et plonge naturellement le lecteur dans le Grand Siècle.
Eve de Castro évoque aussi, cela va sans dire, les mères des enfants royaux, légitimes ou non. Voici le portrait qu'elle dresse de la jeune infante Marie-Thérèse d'Autriche, nièce d'Anne d'Autriche et cousine germaine de Louis XIV, dont le mariage avec ce dernier garantit à la France, en tous cas pour un temps, la paix avec l'Espagne :
| Citation: | | [...] ... D'ailleurs, la princesse n'est pas toute vilaine. On lui voit un teint si éclatant que seule la blancheur du papier serait la plus propre à en admirer l'extraordinaire blancheur, des cheveux blonds naturellement frisés en telle abondance que jamais la main du coiffeur ne recourt au postiche (1), des yeux bleu foncé, la main et le bras harmonieux. Mais le regard est flou et l'expression d'autant plus niaise que Sa Majesté n'entend pas un mot de français. Sans parler de ses dents gâtées et noircies, non pas par un défaut qui altérerait son haleine, mais par les fruits aigres et le chocolat brûlant dont Elle se gave immodérément. Si sou époux la rassasiait de ces plaisirs que, en bonne Espagnole, elle goûte fort, peut-être se raisonnerait-elle sur le chapitre des douceurs. Car elle l'aime à la passion, ce Louis dont depuis l'enfance elle rêvait comme au seul parti digne d'elle. Elle le révère, l'idolâtre, le craint comme un père, un maître, un dieu. Sans relâche, elle cherche à lire dans ses yeux ce qui pourrait lui faire plaisir, et pourvu seulement qu'il la regarde avec amitié, la voilà gaie pour toute la journée. Elle se trouve si aise quand il couche avec elle, que tout son être en rayonne. Il suffit au matin de l'envisager (2) pour connaître sa nuit, et quand on la plaisante là-dessus, elle cligne des yeux et frotte ses petites mains. Hélas le galant mari déjà la boude. Quelques semaines il s'est ému de sa chair et de sa passion également débordantes, puis a espacé ses hommages. Marie-Thérèse ne brille ni par ses charmes, ni par sa conversation ; elle empeste l'ail et les épices et va toujours barbouillée de sucreries ; enfin, quand elle ne mange pas, elle prie, et quand elle ne prie pas, elle geint ! Quel homme n'en prendrait de l'impatience ? ... [...] |
(1) : à l'époque, il arrivait aux femmes de gonfler leur coiffure avec des mèches postiches quand elles ne portaient pas perruque.
(2) : dévisager.
_________________ Ecrasons les Infâmes ! - D'après (et avec la bénédiction posthume de) Voltaire
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Sujet: Re: Les Bâtards du Soleil - Eve de Castro Ven 31 Juil - 21:23 |
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La première maîtresse officielle, Louise de La Vallière, vient de donner au Roi son premier enfant illégitime. A peine remise de ses couches, elle revient prendre sa place :
| Citation: | [...] ... Son galant lui a donné une chambre au château pour la visiter commodément chaque jour, les dames de qualité la suivent comme brebis leur bergère, Monsieur l'accueille à Villers-Cotterets et l'y traite aussi magnifiquement que la Reine elle-même. La "fleur à peine née" que chantait l'an passé Bensérade a maintenant rang de première dame de la cour. A l'évidence, Sa Majesté ne s'entend plus contraindre.
La Reine mère tempête : un sultan, son fils ! un impie qui ne va plus à confesse, qui n'a point fait ses dévotions à Pentecôte ! Louis baisse le nez. Il avoue connaître son mal, en ressentir quelquefois de la peine et de la honte ; il a fait ce qu'il a pu pour se retenir d'offenser Dieu mais ses passions éclipsant sa raison, il ne peut résister à leur violence.
Ulcérée mais soumise, Marie-Thérèse renferme au-dedans l'extrême chagrin que lui causent les grands torts de son époux, et répète qu'elle ne peut qu'aimer tout ce qui se fait aimer du Roi ; puis Sa Majesté ne lui a-t-elle pas promis qu'au jour de ses trente ans, Elle cesserait de faire le galant et deviendrait un parfait mari ? ... [...] |
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