Masques de Venise
Mécréante Suprême




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Sujet: Feu Willy Avec & Sans Colette - François Caradec Mer 1 Juil - 14:43 |
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Feu Willy Avec & Sans Colette
Willy, rappelons-le, avait quatorze ans de plus que Colette. Cette différence d'âge ne choque pourtant pas à l'époque mais elle implique que, surtout dans les premiers temps de l'union, Colette dut s'acclimater à des habitudes qui, chez son mari, étaient ancrées depuis trop longtemps pour qu'elle pût les faire disparaître. Ce qui donne à François Caradec l'occasion de nous brosser le portrait d'une Colette timide et même complexée, si bien traitée en femme-enfant qu'elle finira par adopter le personnage :
| Citation: | [...] ... Les premiers mois de mariage ne sont pas très heureux, et l'éducation de la nouvelle Parisienne ne se fait pas sans agacer Willy. Colette se sent mal à l'aise, et la cible des curiosités : "On ne voyait que lui. Si on me regardait un instant, c'était pour le plaindre, je crois. On me faisait si bien comprendre que, sans lui, je n'existais pas." (La Vagabonde) Le peintre Jacques-Emile Blanche, dont la femme est apparentée aux Gauthier-Villars, organise le premier dîner en ville du jeune ménage, dans une brasserie du Quartier latin. Vêtue d'une robe lie-de-vin à col tuyauté, Colette fait sensation, "traînant la corde à puits de ses cheveux" (Jules Renard), avec ses tresses qui descendent à la hauteur des genoux. Willy surveille l'effet que font sur ses hôtes les "r" bourguignons. "Elle émiette un petit pain chaud sur la nappe et nous regarde d'un air embarrassé. Willy la gronde. Rageuse mais soumise, elle détourne la tête."
A Marcel Schwob (c'est la première des "Lettres à ses Pairs", datée du 9 décembre 1893, elle écrit : "Willy me gronde et me bouscule et crie." Il lui avait caché un télégramme de Schwob annonçant le décès de son amie Renée, et Colette "demande pardon d'avoir été vilaine tout à l'heure", car elle ne savait pas. Willy s'applique à enseigner à sa trop jeune femme la discrétion et le tact, mais il la tient à l'écart de sa comptabilité personnelle. Colette tient un livre de ses dépenses journalières, comme toute bonne épouse ordonnée soumise au maître de la maison : on en trouve la trace, au dos d'une page d'un cahier de "Claudine en ménage", d'1,60 de miel à 6,50 de papeterie en passant par 0,45 de papier WC, 3,25 de rideaux et 0,75 de beurre ; mais rien au crédit. ... [|...] |
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_________________ Ecrasons les Infâmes ! - D'après (et avec la bénédiction posthume de) Voltaire
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Dernière édition par Masques de Venise le Mer 1 Juil - 14:56, édité 1 fois
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Sujet: Re: Feu Willy Avec & Sans Colette - François Caradec Mer 1 Juil - 14:53 |
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Willy le boulevardier avait conscience d'être passé à côté de bien des choses dans le domaine de l'écriture. Se jugeait-il paresseux ? En tous cas, il n'est réellement pas tendre avec lui-même, ainsi que nous le prouve cet extrait d'une lettre adressée à Curnonsky et en date du 2 novembre 1909 - Willy et Colette sont séparés et leurs rapports commencent à s'aigrir :
| Citation: | [...] ... "On veut me couper le gaz. Ca vaut mieux que les couilles mais c'est embêtant tout de même. (...) Nous différons trop : tu aimes la littérature quand même, pour elle-même. Moi, je la hais, comme on poursuit d'une sauvage rancune la femme qu'on n'a pas pu étreindre. J'avais rêvé des viols fougueux, une splendide frénésie de spasmes, je n'ai pu aboutir qu'à des frôlements, agréables certes, mais décevants. D'où mes rages inassouvies. Il me reste du moins la joie - insuffisante - de mépriser les confrères qui chante le los de la Très Chère, de la Muse divine, alors qu'ils forniquent avec des maritornes au cul mal lavé.
Déçu, j'ai âprement cherché à gagner ma vie, faute de lauriers. Or, que tu le saches ou non, je me trouve actuellement dans une passe des plus difficiles. En cette occurrence, toi, tu t'étends, ta pipe d'opium à portée de la main, ou bien tu alignes des phrases - moi, je burine. La Défense de buriner n'existe pas pour moi. Quand je serai trop las, je disparaîtrai, net." ... [...] |
Colette déclara un jour, en parlant de son premier mari : "Ce qu'il faudrait écrire, c'est le roman de cet homme-là." Devrait-on ajouter : "la tragédie de cet homme-là" ?
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