Masques de Venise
Mécréante Suprême




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Sujet: Catherine de Médicis - Jean Orieux Mar 30 Juin - 14:34 |
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Catherine de Médicis
A la mort de son amant, Diane de Poitiers s'inquiéta : Catherine, devenue Reine mère, n'allait-elle pas vouloir se venger ? Mais Catherine de Médicis n'est ni une femme, ni une reine ordinaire et elle le prouve avec éclat - et non sans ironie :
| Citation: | [...] ... De sa retraite, Diane écrivit toutefois à la reine. Ce n'était plus l'altière et l'insolente rivale, c'était une humble sujette demandant pardon de ses offenses passées. Elle connaissait à merveille la dure loi du pouvoir, elle l'avait appliquée sans pitié, aux autres et à Catherine d'abord. Cette loi, la voici : le plus puissant se doit d'écraser le plus faible. Le moment était venu de s'y soumettre à son tour. Elle s'y soumit. Elle pouvait s'attendre à tout, même à perdre la vie. A la place de Catherine, elle se serait vengée à mort. Elle prit soin de joindre à sa lettre la cassette contenant les bijoux de la couronne qu'elle détenait indûment. Cela donnerait du poids à sa contrition.
Catherine n'appartenait pas à la même espèce et elle le montra. Elle laissa à Diane sa vie et ses biens, sauf un, Chenonceaux, parce qu'il était du domaine royal et inaliénable. Elle reprit donc Chenonceaux mais, en échange, elle eut un geste, elle lui offrit Chaumont, avec ce commentaire : "Elle faisait les délices de mon cher mari," dit-elle, "J'ai honte de lui reprendre Chenonceaux, je lui donne Chaumont." C'est une perfidie mais elle est royale. Le caractère de Catherine s'y révèle. Contrairement à l'histoire romantique et romancée qui a recréé son personnage mélodramatique, elle n'a que très rarement voulu se venger et anéantir ses ennemis. Quand ils étaient trop forts, elle s'inclinait et les amadouait. Quand elle les avait abattus, elle essayait de se les concilier en ménageant l'avenir. Avec Diane, totalement neutralisée par la disparition du roi, elle joua la clémence d'Auguste. La haine ne fait pas partie de son arsenal, elle est trop intelligente et calculatrice pour ignorer que la haine est mauvaise conseillère dans l'art d'exercer le pouvoir politique, le plus incertain, le plus fluctuant qui soit. L'ennemi d'aujourd'hui sera peut-être l'indispensable allié de demain. La fille des banquiers n'aimait pas jouer perdante ; or, la haine est un mauvais numéro. Elle jugea que sa "générosité" convenait à la dignité royale qu'elle assumait enfin pleinement, elle fut donc généreuse - sans cesser d'être menaçante. Entre les mains d'une fille de Machiavel, la clémence aussi est une arme. ... [...] |
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Sujet: Re: Catherine de Médicis - Jean Orieux Mar 30 Juin - 14:52 |
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Même si elle lui a joué bien des tours, cherchant une fois à le faire assassiner et ne perdant jamais une occasion de le faire emprisonner, Henri IV n'a jamais cessé d'estimer cette femme qui, sur le plan de la tolérance religieuse, n'était pas finalement si différente de lui. Jean Orieux nous rappelle l'ultime jugement du Béarnais sur sa belle-mère décédée :
| Citation: | | [...] ... il porta sur elle un jugement de roi pour rappeler à l'ordre les courtisans qui dénigraient Madame Catherine : "Mais je vous prie, qu'eût pu faire une pauvre femme ayant par la mort de son mari quatre petits enfants sur les bras et deux familles, la nôtre [les Bourbon] et celle de Guise, qui pensaient d'envahir la couronne ? Fallait-il pas qu'elle jouât d'étranges personnages pour tromper les uns et les autres et cependant garder comme elle l'a fait ses enfants qui ont successivement régné par la sagesse d'une femme si avisée ? Je m'étonne qu'elle n'ait pas fait encore pis." Jugement d'un ennemi et d'un connaisseur. ... [...] |
Un peu plus tôt, dans une note de bas de page, Orieux nous rappelle également :
| Citation: | | [...] ... Henri de Navarre, devenu roi de France, fut un jour flatté par un de ces rampants qui vivent aux pieds des grands. Le courtisan, pour complaire à Henri IV, crut bon de médire de Catherine de Médicis. Le roi, furieux, lui coupa la parole : "Je vous interdis de dire du mal de Madame Catherine, c'était un grand roi." Le mot a été repris plus tard, par Balzac notamment. ... [...] |
_________________ Ecrasons les Infâmes ! - D'après (et avec la bénédiction posthume de) Voltaire
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