Masques de Venise
Mécréante Suprême




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Sujet: Autopsie d'une Imposture - Gérard Bouladou Sam 2 Mai - 13:39 |
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Autopsie d'une Imposture Gérard Bouladou
Sur ce plan, il semble que tout le monde soit d'accord : l'attitude de Christian Ranucci lors de son procès l'a beaucoup desservi. Comme il n'avait pas de casier judiciaire et compte tenu de sa jeunesse et de ses aveux comme du fait qu'il n'y avait pas eu viol, il lui restait quelques chances de bénéficier des circonstances atténuantes. Mais à l'audience, l'accusé aura une attitude telle et tiendra de tels propos que le peu d'indulgence dont il aurait pu jouir auprès des membres du jury va très vite se volatiliser.
Lorsque paraît à la barre le commissaire Alessandra, contre lequel il a pourtant, un peu plus tôt, porté des accusations de partialité et d'incompétence, Ranucci ne réagit pas. Le président intervient alors :
| Citation: | [...] ... - "Tout à l'heure, vous avez porté des accusations contre le commissaire Alessandra. Qu'avez-vous à dire ?"
Ranucci se leva :
- "Oui, j'ai été torturé ! D'abord on m'a frappé à coups de matraque. On m'a fait subir la torture vietcong : des petits coups de matraque sur la tête, sans arrêt, pendant une éternité. J'ai cru que mon cerveau se liquéfiait. Et puis, on m'a versé de l'acide sur le sexe. C'était insupportable ! Et la matraque, ne vous avisez pas de dire le contraire, c'est vous qui la teniez !"
Le commissaire répondit :
- "C'est faux ! Vous le savez !
- Vous avez un drôle du culot !" s'exclama Christian Ranucci.
Le public réagit bruyamment.
- "Et vous, vous êtres un monstre !" reprit M. Alessandra.
M° Lombard [avocat de la défense] bondit :
- "Vous n'avez pas à insulter mon client !"
Ranucci hurle :
- "Je briserai votre carrière !"
L'effet fut désastreux. Ses avocats ne maîtrisaient plus la situation. (...)
Cette accusation de sévices policiers était d'autant plus inattendue que jamais auparavant Ranucci n'en avait fait état, ni devant le juge d'instruction, ni devant le Dr Vuillet, ni devant les psychologues qui lui rendirent visite le 7 juin à la prison des Baumettes, ni devant les psychiatres qui l'examinèrent par la suite. Pendant les vingt-et-un mois de sa détention, il n'en avait pas parlé une seule fois.
Il ignorait en outre que, tout le temps de sa garde-à-vue, les journalistes qui couvraient l'affaire avaient attendu dans les couloirs de l'Evêché [le commissariat] et que seule une porte de bois les séparait du bureau où il était interrogé. Ils pouvaient donc tout entendre. Outrés par les déclarations de l'accusé, certains proposèrent même de témoigner. ... [...] |
C'est par ces supposés sévices que Ranucci expliquait ses aveux. Pourquoi a-t-il mêlé le viêtcong à tout cela, qui pourra jamais le dire ? Mais une chose est sûre : il donne ici l'impression de partir en plein délire. Son attitude demeure incompréhensible : il ressemble à un enfant qui ment et s'obstine à mentir, sans avoir aucune conscience qu'il risque sa tête. On peut voir là une preuve évidente de sa personnalité instable et immature, une carte que ses avocats n'ont jamais jouée alors qu'elle aurait pu sauver leur client.
_________________ Ecrasons les Infâmes ! - D'après (et avec la bénédiction posthume de) Voltaire
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Dernière édition par Masques de Venise le Sam 2 Mai - 14:23, édité 1 fois
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Sujet: Re: Autopsie d'une Imposture - Gérard Bouladou Sam 2 Mai - 14:18 |
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| Citation: | | [...] ... L'affaire Ranucci, si tragique qu'elle soit dans ses conséquences, est, sur le plan des faits, du point de vue policier, une affaire simple : les preuves ne cessent de s'accumuler contre le suspect et en outre il passe des aveux complets, qu'il réitère. Quoi qu'en disent les partisans de l'innocence de Ranucci, leurs arguments buteront toujours sur ce fait objectif et têtu que l'arme du crime lui appartenait et qu'il a désigné verbalement - et physiquement lors de la reconstitution - l'endroit précis où elle était cachée. Mais la conclusion de cette affaire (la décapitation de Ranucci) a faussé totalement le regard qu'on avait sur elle. Ce n'était pas la culpabilité de Ranucci qu'il fallait contester, mais sa condamnation à mort : les partisans de Ranucci se sont trompés de combat. Ranucci ne méritait sans doute pas la mort : au regard de son passé, il aurait du bénéficier de circonstances atténuantes. Et ce n'était pas un assassin : son meurtre n'était pas prémédité. Si l'ombre d'un doute pèse - et pèsera toujours - dans cette affaire, c'est bien sur les conditions du meurtre : était-il conscient ou non de son acte au moment où il l'a accompli ? Mais dans ce cas-là, on plaide la démence, pas l'innocence. L'entêtement suicidaire de Ranucci et les maladresses, voire les absences d'une défense qui luttait contre ses propres convictions (car comment expliquer autrement l'absence des avocats de la défense à un moment aussi crucial de l'instruction que l'interrogatoire récapitulatif, ce jour où Ranucci, seul devant Melle di Marino [la juge d'instruction] se rétractera ?), les démarches ambiguës d'une mère au désarroi, l'ont conduit à sa perte bien plus sûrement que les erreurs de datation et les fautes de frappe des policiers ou les zones d'ombre des témoignages. L'oeuvre du temps, ce grand fleuve de l'oubli, les comptes rendus erronés de la presse, quand il ne s'agissait pas carrément d'affabulations, la publication du livre de Gilles Perrault et, en dépit de ses erreurs, l'ampleur de son écho médiatique ont substitué à la réalité de l'enquête une rumeur où la passion et l'émotion ont définitivement pris le pas sur la raison. Avec un tel aveuglement que toute vérité en est devenue inextricable. Comme si l'amnésie progressive de Ranucci avait gagné l'ensemble de la société. ... [...] |
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