 Nota Bene Forum Littéraire Résolument Atypique Tapissé de Mots, de Livres, de Littérature ... Exclusivement Réservé Aux Lecteurs Gourmets & Passionnés mais Non-enclins à la Mièvrerie |
| | Charles VI - Françoise Autrand. | |
| | | Auteur | Message |
|---|
Masques de Venise Mécréante Suprême


   Age : 48 Inscrit le : 06 Mai 2005 Messages : 14364 Localisation : Sous vos yeux mais vous ne me voyez pas ... Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
| Sujet: Charles VI - Françoise Autrand. Dim 2 Sep - 11:56 | |
| 
Le 5 août 1392, se nouait un drame qui allait amener au bord du gouffre le royaume de France. Ce jour-là, Sa Majesté Charles VI, fils aîné de Charles V dit "le Sage", père du futur Charles VII, le fameux "roi de Bourges" et grand-père de l'un de nos plus grands monarques, Louis XI, s'avançait avec son armée afin d'aller demander raison au duc de Bretagne de l'attentat perpétré par Pierre de Craon contre le connétable de France, Olivier de Clisson.
Ni le Roi, ni ses troupes ne dépasseront la forêt du Mans.
Ecoutons Michelet :
| Citation: | C'était le milieu de l'été, les jours brûlants, les lourdes chaleurs d'août. Le roi était enterré dans un habit de velours noir, la tête chargée d'un chaperon écarlate, aussi de velours. Les princes traînaient derrière sournoisement et le laissaient seul afin, disaient-ils, de lui faire moins de poussière. Seul, il traversait les ennuyeuses forêts du Maine, de méchants bois pauvres d'ombrages, les chaleurs étouffées des clairières, les mirages éblouissants du sable de midi.
Comme il traversait ainsi la forêt, un homme de mauvaise mine, sans autre vêtement qu'une cotte blanche, se jette tout à coup à la bride du cheval du roi, criant d'une voix terrible : "Arrête, noble roi, ne passe outre, tu es trahi !"
On lui fit lâcher la bride, mais on le laissa suivre le roi et crier une demi-heure.
Il était midi, et le roi sortait de la forêt pour entrer dans une plaine de sable où le soleil frappait d'aplomb. Tout le monde souffrait de la chaleur. Un pae qui portait la lance royale s'endormit sur son cheval, et la lance, tombant, alla frapper le casque que portait un autre page. A ce bruit d'acier, à cette lueur, le roi tressaille, tire l'épée, et, piquant des deux, il crie : "Sus, sus aux traîtres ! Ils veulent me livrer !" Il courait ainsi, l'épée nue, sur le duc d'Orléans. Le duc écahappa, mais le roi eut le temps de tuer quatre hommes avant qu'on pût l'arrêter. Il fallut attendre qu'il se fût lassé ; alors, l'un de ses chevaliers vint le saisir par derrière. On le désarma, on le descendit de cheval, on le coucha doucement par terre. Les yeux lui roulaient étrangement dans la tête, il ne reconnaissait personne et ne disait mot. |
Charles VI finira par se remettre de cette première crise. Mais le Bal des Ardents, donné quelques mois plus tard à l'occasion du mariage de l'une des suivantes allemandes de la reine Isabeau de Bavière et où le roi parut déguisé en "homme sauvage", le fit à nouveau basculer.
Cette nuit-là, ordre avait pourtant été donné, par le roi en personne, de tenir les torches et les bougies soigneusement hors de portée des "hommes sauvages" dont les costumes étaient enduits de poix. Louis, duc d'Orléans et frère du roi, qui avait pourtant donné le premier l'idée de cette mascarade, arriva en retard au bal et, sous prétexte de mieux voir les "hommes sauvages", fut aussi le seul à approcher d'eux une torche qui les embrasa immédiatement ...
Le drame de la forêt du Mans - Charles VI charge son frère, qui n'a que le temps de s'écarter. _________________ http://notabene.forumactif.com/ http://blog.bebook.fr/woland/index.php/
Dernière édition par le Dim 2 Sep - 13:04, édité 3 fois |
|  | | Masques de Venise Mécréante Suprême


   Age : 48 Inscrit le : 06 Mai 2005 Messages : 14364 Localisation : Sous vos yeux mais vous ne me voyez pas ... Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
| Sujet: Re: Charles VI - Françoise Autrand. Dim 2 Sep - 12:18 | |
| Car le drame qui va endeuiller le royaume pour longtemps - jusqu'à ce que Jeanne d'Arc vienne soutenir de sa prodigieuse aura le fils de Charles VI - est avant tout une histoire de famille.
Une histoire d'oncles, tout d'abord. Plus précisément, d'oncles paternels.
De ce côté-là, on trouve Louis d'Anjou dont le manque de parole avait contraint jadis le roi Jean II a retourner finir ses jours comme otage en Angleterre. Un personnage flamboyant et retors mais peu fiable et uniquement préoccupé de ses profits personnels.
Vient ensuite le duc de Berry, en demi-disgrâce il est vrai à la mort de son frère aîné mais qui revient aux affaires dès l'avènement du nouveau roi. Le malheureux Languedoc aura bien des raisons de le déplorer ...
Et puis, bien sûr, il y a le duc de Bourgogne, Philippe, qui doit son surnom de "le Hardi" au fait que, dans une célèbre bataille contre les Anglais, il se tint aux côté de son père, Jean le Bon et lui dit : "Père, gardez-vous à droite ! Père, gardez-vous à gauche ! ..."
Des trois, c'est ce personnage exceptionnel qui influencera le plus Charles VI.
Une histoire de frère ensuite.
Car Charles VI a un frère, Louis, duc d'Orléans. Avec lui et son titre - bien maigre à l'époque, surtout si on le compare aux riches apanages de ses oncles paternels - commence la longue saga qui fera presque systématiquement des porteurs de ce nom des ennemis et des comploteurs.
Les oncles passeront ce qu'il leur reste de leur vie à tenter - avec plus ou moins de succès - d'accaparer le pouvoir à leur seul avantage. Quant au frère - et bien que Françoise Autrand tente de minimiser ses responsabilités - il s'opposera si violemment à son cousin, Jean, fils de Philippe de Bourgogne, qu'il fera basculer celui-ci dans le camp des Anglais.
Philippe le Hardi, duc de Bourgogne - Il fut le maître d'oeuvre du mariage de Charles VI avec Elisabeth de Wittelsbach, dite Isabeau de Bavière. _________________ http://notabene.forumactif.com/ http://blog.bebook.fr/woland/index.php/
Dernière édition par le Dim 2 Sep - 13:08, édité 2 fois |
|  | | Masques de Venise Mécréante Suprême


   Age : 48 Inscrit le : 06 Mai 2005 Messages : 14364 Localisation : Sous vos yeux mais vous ne me voyez pas ... Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
| Sujet: Re: Charles VI - Françoise Autrand. Dim 2 Sep - 12:39 | |
| Prince raffiné et féru de lettres et de livres à un point tel qu'on peut voir en lui le précurseur des Humanistes et de la Renaissance, Louis d'Orléans s'intéressa aussi à l'alchimie et à la magie. En a-t-il usé contre son propre frère ? Les rumeurs de l'époque l'ont affirmé mais une chose est sûre : la mort du duc d'Orléans ne mit pas fin à la folie de Charles VI.
Toujours est-il que la relation existant entre les deux frères reste ambiguë - ce que souligne d'ailleurs Françoise Autrand. Si l'affection demeure, elle se mêle à la jalousie et à la haine. Et Charles ne se montra guère attristé lorsqu'on vint lui apprendre que son cousin, Jean de Bourgogne, avait fait assassiner le duc d'Orléans.
Pourtant, c'est bien cet assassinat, revendiqué avec hauteur par le duc de Bourgogne, qui se trouve à l'origine de la guerre civile entre les partisans du duc d'Orléans, menés par le comte d'Armagnac, et ceux du duc de Bourgogne, conflit que l'Histoire a immortalisé sous le nom de "guerre des Bourguignons et des Armagnacs."
Ce conflit ne trouvera son point final qu'avec l'entrée en jeu de Jeanne d'Arc. Entretemps, le dauphin Charles aura fait à son tour assassiner Jean de Bourgogne, crime que justifiait la raison d'Etat puisque le duc avait amené le malheureux roi malade à s'effacer devant le roi d'Angleterre, lequel avait garanti de larges avantages territoriaux à la maison de Bourgogne.
C'est à la suite de cet assassinat que le futur Charles VII se verra déchu de ses droits à la couronne, par ordonnance royale signée par son propre père. Il se repliera sur Bourges où il organisera ce qu'il faut bien appeler la Résistance à l'occupant.
Charles VI mourra sans avoir revu son fils et héritier. Ce fut un Anglais, le duc de Bedford, régent de France pour le roi d'Angleterre, Henry VI, qui mena le deuil. Le souverain défunt laissait une France devenue terre anglaise mais seulement en théorie. Y germait déjà ce qu'il faut bien appeler l'esprit national.
C'est bien là le paradoxe du règne de Charles VI, que son peuple, aux pires jours de guerre et au plus fort de l'occupation anglaise, ne cessa jamais de surnommer : Charles le Bien Aimé. 
Jean, duc de Bourgogne, fils de Philippe le Hardi, dit "Jean-sans-Peur" - Il avait pris pour emblème un rabot (que l'on voit brodé en fils d'or sur son habit) afin d'afficher clairement sa haine du duc d'Orléans qui, lui, avait choisi un bâton noueux en signe de ralliement. _________________ http://notabene.forumactif.com/ http://blog.bebook.fr/woland/index.php/ |
|  | | | Charles VI - Françoise Autrand. | |
|
| Page 1 sur 1 |
| | Permission de ce forum: | Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
| | |
| |
|