rotko
Invité
|
Sujet: boris Cyrulnik Dim 24 Juil - 17:27 |
|
|
Un merveilleux malheur, de Boris Cyrulnik
résilience "Aucun malheur n'est merveilleux", précisent les premières lignes. On s'émerveille seulement de rencontrer des enfants qui triomphent de leurs malheurs.
L'auteur examine rapidement certains itinéraires qui relèvent de la "résilience". Initialement la résilience désignerait "l'aptitude des matériaux à résister à de fortes pressions". En psychologie, "la résilience est la capacité, pour une personne confrontée à des évènements très graves, de mettre en jeu des mécanismes de défense lui permettant de tenir le coup, voire de rebondir en tirant profit de son malheur". Il ne s'agit pas de bénir les circonstances difficiles connues par ces enfants ! prenons le cas de 200 tout-petits sans structure ni famille en train de se laisser mourir par carence affective : "Si presque d'un tiers de ces enfants se sont développés correctement dans des circonstances épouvantables, combien auraient-ils été si on leur avait proposé un soutien plus propice à leur épanouissement ?" Encore faut-il rencontrer " des tuteurs de développement solides et compréhensifs", c'est-a-dire des personnes et des occasions qui redonnent à des caractères bien trempés l'occasion de reprendre pied. On peut donc y voir un signe d'espérance dans les capacités humaines, et un appel à la compréhension et au soutien tant personnel que social en faveur de ceux qui dès leur naissance connaissent les pires épreuves.
Ici la résilience est ainsi définie:
"un tricot qui noue une laine développementale avec une laine affective et sociale."
Certains enfants qui ont connu des traumatismes importants parviennent, dans des circonstances favorables, à survivre et même à tirer leur épingle dans le jeu social. L'itinéraire n'est pas frappé du sceau de la morale, et devenir chef de gang sera considéré comme une survie réussie. Cyrulnik propose donc de nombreux exemples et d'abondantes citations, mais si rapidement que le lecteur reste parfois sur sa faim.
Certes il est des survies "miraculeuses" qui forcent notre admiration parce qu'elles témoignent d'un dynamisme exceptionnel. Est-ce aussi fréquent que ce livre tendrait à le faire croire ? Le lecteur se pose de nombreuses questions. Est-il vrai que dans le contexte d'Auschwitz, la poésie et le refuge dans un monde intérieur deviennent des armes de survie ?
"Il arrive même [à ces "artistes, philosophes, mystiques"] d'éprouver de grandes sensations de beauté provoquées par leurs représentations intimes, alors qu'autour d'eux le réel est atroce". On voudrait le croire, contre le témoignage de Primo Lévi et Jorge Semprun, par exemple. Par ailleurs la difficulté d'évaluer les traumatismes subis amène Cyrulnik à proposer des exemples paradoxaux, tel cet enfant qui vit son arrivée à Drancy comme une fête sociale car il échappe ainsi à une famille d'accueil bienveillante mais glaciale. Accumuler des cas isolés ne fait pas une démonstration. T oujours est-il que Cyrulnik par des survols historiques rapidement brossés montre la maltraitance, ou la perte des parents comme des phenomènes courants dans le passé. Est-ce à dire que notre époque - et le discours social, les met abusivement en relief, et crée ainsi le traumatisme par le regard jeté sur ces phénomènes ? Le nier serait imprudent, mais accepter sans réserve et banaliser cette analyse ne le serait-il pas aussi ? on comprend toutefois l'intention de Boris Cyrulnik : changer un discours social traumatisant.
Voila donc quelques réflexions, naïves assurément, que m'a suggérées la première partie du livre, intitulée "l'espoir inattendu". J'aborde donc, intéressé, convaincu parfois,(cf les études statistiques sur la dépression dans les différents milieux sociaux), réservé, voire dubitatif aussi sur l'extension du phénomène, la suite de cet ouvrage stimulant qui secoue nos certitudes et l'eau du puits de nos connaissances.
|
|