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Séraphine Grande & Sulfureuse Prêtresse de Nota Bene


   Age : 38 Inscrit le : 02 Avr 2006 Messages : 3306 Localisation : Autres dimensions... Emploi : Ecolière... Loisirs : Le rêve...
| Sujet: M comme Mélancolie Ven 13 Juin - 11:40 | |
| La Mélancolie - Hélène Prigent
La collection « Découvertes Gallimard », initialement créée pour les enfants, est une fantastique source de connaissances.
Si cette gamme avait comme ambition de faire de la vulgarisation, c’est raté, car elle est unanimement reconnue aujourd’hui comme une collection d’une incontournable qualité, faisant intervenir les meilleures plumes, tous horizons confondus.
J’ai dévoré celui relatant l’histoire de la « mélancolie ».
Naturellement, nous avons tous en tête la gravure de Dürer, qui, à elle seule, personnifie les aspects lunaires et ombrageux de cet état d’âme unique, mais universel.
Qu’en est-il ?
On parle de « mélancolie » depuis l’Antiquité et les médecins Grecs s’y intéressaient déjà. Elle était appréhendée physiologiquement et assimilée à une « bile noire » (c’est d’ailleurs l’étymologie du mot), induisant un dysfonctionnement de l’humeur.
Dans les temps anciens, on est donc « malade », quand on est mélancolique.
Mais rares sont les maladies ayant connu un historique aussi controversé.
Car la « mélancolie » est passée du statut de « pathologie » à celui de « force créatrice » et de « génie » !
En effet, à partir du Moyen-Age, l’état mélancolique est perçu différemment. On parle certes de maladie, mais « divine »... Un état de conscience peu ordinaire, tourmenté, mais permettant d’accéder à des sphères élevées.
La Renaissance continue la sublimation.
Grâce aux artistes. Ces torturés...
Les plus grands d’entre eux se voient taxés de « mélancolie », laquelle engendre la création de chefs d’œuvre. Elle devient alors « grâce », « don » et on en renie l’origine pathologique.
Un être mélancolique sait insuffler la vie...à ses œuvres. Il fait même de sa vie une œuvre. Quitte à s’autodétruire.
On ne saurait assimiler cela à une faiblesse, mais à une grandeur d’âme peu commune et « réservée » à certains élus. L’humain dépasse ses limites... Il transcende son étroitesse temporelle. Il s’affranchit ! Il est LIBRE !
Le rationalisme remet les pendules à l’heure !
Les 17 et 18è siècles opposent à cette indulgence une opinion radicale : les mélancoliques sont des malades...mentaux !
Ils ont des symptômes.
Ils privilégient l’imaginaire, la fantaisie, la subjectivité au détriment de la réalité, des faits.
Bref, l’humanité traîne une bande de lunaires et de contemplatifs...inutiles !
L’anomalie est cérébrale et neurologique.
Il faut les soigner !
Le 19è siècle, avec sa « panacée » psychanalytique, nuance ce jugement réducteur et considère la mélancolie dans sa dimension humaine (un affect sujet aux revirements rapides, une émotivité versatile, une hyper-empathie non contrôlée...), mais également dans sa dimension psychique : il y a trouble.
On évoque une lente folie. Une déconnexion. Qui peut mener au suicide.
On songe à la création comme à un délire.
Génie et folie deviennent synonymes.
Gérard de Nerval fut génial, mais se tua.
Aujourd’hui, la psychiatrie s’est approprié cette étrange humeur humaine.
Aux causes multiples et toujours inconnues. Ce mal de vivre évanescent, mais ravageur, souvent. On parle de tempéraments « borderline ».
Il affecterait 10 / 15 % de la population, serait variable, cyclique et finalement curable ou fatal.
A chacun son approche...
http://www.amazon.fr/M%C3%A9lancolie-H%C3%A9l%C3%A8ne-Prigent/dp/2070305996/ref=sr_1_5?ie=UTF8&s=books&qid=1213347360&sr=8-5 _________________ "Connais-toi toi-même."
Dernière édition par Séraphine le Ven 13 Juin - 15:15, édité 2 fois |
|  | | Carla Littérophage Notabéniste Avec Mention Spéciale.


   Age : 45 Inscrit le : 16 Aoû 2007 Messages : 3353 Localisation : Aquitaine Emploi : rien de passionnant Loisirs : lecture, ciné
| Sujet: Re: M comme Mélancolie Ven 13 Juin - 11:47 | |
| J'ai regretté de ne pouvoir voir l'expo consacrée à la Mélancholie (au Petit ou au Grand Palais ?) il y a 2 ans. _________________ Avoir un Corps m'est effroi - Avoir une Âme m'est effroi Profonde - précaire Propriété - Possession, non choisie Emily Dickinson |
|  | | Séraphine Grande & Sulfureuse Prêtresse de Nota Bene


   Age : 38 Inscrit le : 02 Avr 2006 Messages : 3306 Localisation : Autres dimensions... Emploi : Ecolière... Loisirs : Le rêve...
| Sujet: Re: M comme Mélancolie Ven 13 Juin - 11:48 | |
| http://www.amazon.fr/gp/product/images/2221099125/sr=8-1/qid=1213350326/ref=dp_image_0?ie=UTF8&n=301061&s=books&qid=1213350326&sr=8-1
A lire en collection "Bouquins".
4è de couv : Premier paradoxe : la mélancolie, telle que l'Occident l'a conçue, est à la fois redoutable et féconde, folle et géniale, inhibitrice et généreuse. Cette ambivalence, qui la distingue de la simple tristesse comme de nos actuelles dépressions, lui confère un statut très particulier. Maladie peut-être, mais maladie culturelle, elle nourrit la créativité, elle est le seul sentiment qui pense . Second paradoxe : si diversement qu'elle se manifeste, et si différentes que paraissent les théories médicales, théologiques ou philosophiques qui tentent d'en rendre compte, il y a une unité et une permanence de la mélancolie. Obstinément, sa longue histoire rappelle que l'homme n'est homme qu'en vertu d'une altération qui le travaille au plus intime. Aussi la présente anthologie commence-t-elle par donner la parole à de grands plaintifs : dans une première section, c'est la mélancolie qui parle, par la voix d'auteurs aussi différents que Sappho et Michel-Ange, Pétrarque et Shakespeare, Chateaubriand et Dostoïevski, Baudelaire et Sartre. La deuxième section met en place, dans une perspective cette fois théorique, les principaux modèles suivant lesquels la mélancolie a été pensée dans notre histoire : il s'agit de dégager, depuis le modèle humoral antique jusqu'au texte fondateur de Freud, les articulations majeures et les ruptures significatives. La dernière section, où sont passés en revue quelques grands thèmes (d' Acédie à Vanité ), se place comme les précédentes sous l'invocation de Rilke : Un monde naquit de la plainte, un monde où tout fut recrée.
A lire également (je l'ai trouvé fabuleux) : Esthétique de la mélancolie par Lambotte Marie-Claud (épuisé) _________________ "Connais-toi toi-même." |
|  | | Séraphine Grande & Sulfureuse Prêtresse de Nota Bene


   Age : 38 Inscrit le : 02 Avr 2006 Messages : 3306 Localisation : Autres dimensions... Emploi : Ecolière... Loisirs : Le rêve...
| |  | | Carla Littérophage Notabéniste Avec Mention Spéciale.


   Age : 45 Inscrit le : 16 Aoû 2007 Messages : 3353 Localisation : Aquitaine Emploi : rien de passionnant Loisirs : lecture, ciné
| Sujet: Re: M comme Mélancolie Ven 13 Juin - 15:18 | |
| L'avis exprimé sur Evene est intéressant
| Citation: | | Il règne une atmosphère étrange dans cette exposition, comme si l'on ne parvenait pas à saisir l'ambiance générale qui s'y dégage. L'idée n'est pas mauvaise, de faire une exposition un peu généraliste sur le thème de la mélancolie. Les oeuvres sont là, qui balayent plusieurs siècles d'art, du Moyen Age à nos jours. L'ennui, c'est que l'on n'arrive pas à saisir l'idéologie qu'il y a derrière 'Mélancolie'. |
C'est en effet un peu mon ressenti à la lecture de ton sujet. La mélancolie, oui, mais encore ? _________________ Avoir un Corps m'est effroi - Avoir une Âme m'est effroi Profonde - précaire Propriété - Possession, non choisie Emily Dickinson |
|  | | Thomas Ordonnateur des Basses Oeuvres de Nota Bene - il en est fier, en plus ...


   Age : 32 Inscrit le : 04 Avr 2006 Messages : 6741 Localisation : Paris Emploi : Passionnant mais indescriptible... Loisirs : Littérature, Cinéma, Photo, Cuisine
| Sujet: Re: M comme Mélancolie Ven 13 Juin - 15:30 | |
| Le Découvertes Gallimard sur le sujet est très intéressant. Nous avions plutôt aimé l'expo (sauf le monde, bien sûr ! ) et c'était il y a plus de deux ans, fin 2005. _________________ "Le secret douloureux des dieux et des rois, c'est que les hommes sont libres." Jean-Paul Sartre, Les mouches "La sensualité est la condition mystérieuse, mais nécessaire et créatrice, du développement intellectuel." Pierre Louÿs, Aphrodite
http://politiculture.hautetfort.com |
|  | | Séraphine Grande & Sulfureuse Prêtresse de Nota Bene


   Age : 38 Inscrit le : 02 Avr 2006 Messages : 3306 Localisation : Autres dimensions... Emploi : Ecolière... Loisirs : Le rêve...
| Sujet: Re: M comme Mélancolie Ven 13 Juin - 16:14 | |
| Eh bien, justement, la mélancolie : pathologie ou génie ?
Hein ? _________________ "Connais-toi toi-même." |
|  | | Thomas Ordonnateur des Basses Oeuvres de Nota Bene - il en est fier, en plus ...


   Age : 32 Inscrit le : 04 Avr 2006 Messages : 6741 Localisation : Paris Emploi : Passionnant mais indescriptible... Loisirs : Littérature, Cinéma, Photo, Cuisine
| Sujet: Re: M comme Mélancolie Ven 13 Juin - 16:41 | |
| Ni l'un ni l'autre, il me semble. C'est un état d'esprit, comme le chagrin, la joie. C'est une sensation pas désagréable au final, un peu comme une vague tristesse sans objet... Evidemment si ça dure trop, on tombe dans la dépression, c'est différent. Mais être mélancolique de temps en temps, pour une courte période, ma foi... _________________ "Le secret douloureux des dieux et des rois, c'est que les hommes sont libres." Jean-Paul Sartre, Les mouches "La sensualité est la condition mystérieuse, mais nécessaire et créatrice, du développement intellectuel." Pierre Louÿs, Aphrodite
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|  | | Séraphine Grande & Sulfureuse Prêtresse de Nota Bene


   Age : 38 Inscrit le : 02 Avr 2006 Messages : 3306 Localisation : Autres dimensions... Emploi : Ecolière... Loisirs : Le rêve...
| Sujet: Re: M comme Mélancolie Ven 13 Juin - 20:01 | |
| Faut-il être mélancolique pour créer des chefs d'oeuvre ?
Leonard l'était-il ?
 _________________ "Connais-toi toi-même." |
|  | | Julie Grande Prêtresse du Livre


   Age : 27 Inscrit le : 31 Mar 2006 Messages : 2622 Localisation : Paris, hélas Emploi : Libraire Loisirs : Lecture, cinéma, musique et découvertes en général
| Sujet: Re: M comme Mélancolie Ven 13 Juin - 20:06 | |
| Il y avait un petit côté fouillis dans cette expo quand même, on perdait le fil conducteur par moments, et les explications n'étaient peut-être pas assez nombreuses pour certaines oeuvres, ce qui faisait qu'on se sentait un peu perdu devant elles alors que la mélancolie parle à tous. Des images très violentes de gens d'une maigreur squelettique étaient présentées à la fin, je n'ai toujours pas compris pourquoi. La perception actuelle de la mélancolie était balancée en deux oeuvres, et voilà. On la sentait bâclée, alors que c'est une notion dont on parle beaucoup aujourd'hui. _________________ Ecrire de la fiction, c'est comme se souvenir de quelque chose qui ne s'est jamais passé. (Siri Hustvedt)
Work is the curse of the drinking classes. (Oscar Wilde) |
|  | | Julie Grande Prêtresse du Livre


   Age : 27 Inscrit le : 31 Mar 2006 Messages : 2622 Localisation : Paris, hélas Emploi : Libraire Loisirs : Lecture, cinéma, musique et découvertes en général
| Sujet: Re: M comme Mélancolie Ven 13 Juin - 20:23 | |
| | Séraphine a écrit: | Faut-il être mélancolique pour créer des chefs d'oeuvre ?
Leonard l'était-il ?
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Je ne sais pas, mais je pense que les gens qui ont un tempérament mélancolique réfléchissent et doutent plus que les autres. S'ils ont une activité artistique, c'est excellent comme terreau. Maintenant que j'y réfléchis, je pense que j'ai préféré le petit livre de Prigent à l'expo du Grand Palais. _________________ Ecrire de la fiction, c'est comme se souvenir de quelque chose qui ne s'est jamais passé. (Siri Hustvedt)
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|  | | Carla Littérophage Notabéniste Avec Mention Spéciale.


   Age : 45 Inscrit le : 16 Aoû 2007 Messages : 3353 Localisation : Aquitaine Emploi : rien de passionnant Loisirs : lecture, ciné
| Sujet: Re: M comme Mélancolie Ven 13 Juin - 21:18 | |
| | Thomas a écrit: | | Ni l'un ni l'autre, il me semble. C'est un état d'esprit, comme le chagrin, la joie. C'est une sensation pas désagréable au final, un peu comme une vague tristesse sans objet... Evidemment si ça dure trop, on tombe dans la dépression, c'est différent. Mais être mélancolique de temps en temps, pour une courte période, ma foi... |
La dépression - la vraie - est dûe à un faible taux de je ne sais plus quoi (sérotonine ?) ds le cerveau (n'est-ce pas d'ailleurs un neuro-transmetteur ? Thomas, tu dois le savoir). La mélancolie a-t-elle cette même explication physiologique ? _________________ Avoir un Corps m'est effroi - Avoir une Âme m'est effroi Profonde - précaire Propriété - Possession, non choisie Emily Dickinson |
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   Age : 20 Inscrit le : 23 Jan 2006 Messages : 1377 Localisation : Leicester (UK) et Antony (France) pendant les vacances Emploi : Etudiante en American studies Loisirs : lecture, cinéma, écriture, voyages
| Sujet: Re: M comme Mélancolie Ven 13 Juin - 21:27 | |
| | Julie a écrit: |
Je ne sais pas, mais je pense que les gens qui ont un tempérament mélancolique réfléchissent et doutent plus que les autres. S'ils ont une activité artistique, c'est excellent comme terreau.
|
Oui, sans aucun doute. Je souffre de mélancolie (du moins c'est ce que je crois) et c'est UNIQUEMENT pendant mes périodes de mélancolie que j'écris. Et j'ai parlé à d'autres personnes qui sont dans le même cas.
Maintenant de là à dire qu'il faille être mélancolique pour écrire un chef-d'oeuvre... Cela dépend de l'oeuvre. Chateaubriand sans sa mélancolie n'est plus le même écrivain. Mais un Diderot avait-il besoin d'être mélancolique? Je ne crois pas. Enfin c'est mon impression. Elle vaut ce qu'elle vaut. _________________ -We live as we dream--alone Heart of Darkness J. Conrad
-De Satan ou de Dieu, qu'importe ? Ange ou Sirène, Qu'importe, si tu rends, – fée aux yeux de velours, Rythme, parfum, lueur, ô mon unique reine ! – L'univers moins hideux et les instants moins lourds ? Baudelaire |
|  | | André B. Trésorier du Grand Ordre de Nota Bene


Inscrit le : 10 Mai 2005 Messages : 3356
| Sujet: Re: M comme Mélancolie Sam 14 Juin - 1:08 | |
| Je pense que si tu écris uniquement dans tes périodes de mélancolie c'est peut-être parce que dans la mélancolie le besoin de communiquer est tourné vers soi.
Ainsi, même si ce que tu écris n'est pas un journal intime, c'est peut-être quand même à toi que tu t'adresses mais comme lectrice. _________________ Je ne suis qu'à moitié idiot et j'ai le vice de la tolérance. |
|  | | Elisa Littérophage Notabéniste.


   Age : 31 Inscrit le : 16 Mai 2008 Messages : 186 Localisation : En Seine & Marne Emploi : Assistante Maternelle et étudiante en Lettres Loisirs : Lire, écrire, marcher et ... rêver parfois !
| Sujet: Re: M comme Mélancolie Sam 14 Juin - 8:18 | |
| La mélancolie entraine chez moi aussi le réflexe d'écrire. J'avais lu un court essai à ce propos De la mélancolie de GUARDINI Romano que j'avais trouvé très intéressant. Mais l'ouvrage d'Hélène Prigent a l'air extra. Je dois justement faire quelques achats ... je vais essayer de le mettre dans mon panier !

| Citation: | RESUME de De la mélancolie "La mélancolie est quelque chose de trop douloureux, elle s'insinue trop profondément jusqu'aux racines de l'existence humaine pour qu'il nous soit permis de l'abandonner aux psychiatres. Si donc nous nous interrogeons ici sur son sens, nous disons déjà, par là même, qu'elle représente pour nous un phénomène d'ordre non psychologique ou psychiatrique, mais spirituel, que nous croyons en étroits rapports avec les profondeurs de notre nature humaine." En dernière instance, la mélancolie est l'inquiétude que provoque chez l'homme la proximité de l'éternel. Cela le rend heureux et en même temps constitue pour lui une menace vitale. |
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