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Nathalie David et Cyrille Habert - Mulholland Drive

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Thomas
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MessageSujet: Nathalie David et Cyrille Habert - Mulholland Drive   Mar 4 Déc - 15:23

A défaut - je ne vois vraiment pas où poster cette note - c'est ici que je vais parler de ce recueil d'essais (et d'un entretien) sur le film de David Lynch.

Il s'agit donc de cinq essais qui abordent des thèmes différents du film, ou plutôt qui attaquent chacun le film sous un angle différent, et d'un entretien fort intéressant sur le son dans Mulholland Drive et, au-delà, dans le cinéma de David Lynch.

Le premier essai, "This is the girl", leimotiv du film puisqu'on l'entend, en tout, une demi-douzaine de fois, est un peu compliqué à suivre... On peut tout du moins en dégager qu'il étudie le film sous l'angle de la déconstruction de l'actrice comme icône américaine. Passons.

L'essai suivant m'a beaucoup plus plu : intitulé "Filmer comme peindre", il s'attache à la technique tout particulière de Lynch, déjà éprouvée avec Lost Highway et qui trouve un paroxysme dans Inland Empire. L'auteur dégage ainsi la conclusion qu'il faut prendre un film (de ce type-là, dans lequel on peut inclure Eraserhead) de Lynch comme un tableau en cours de réalisation : ne pas chercher nécessairement de continuité car le peintre, quand il revient à sa toile, repart de zéro ou presque, avec pour seul point de départ un fond de toile déjà garni. Il peut changer complètement de direction ou continuer à creuser le sillon entamé lors de sa séance précédente. C'est pourquoi il est si difficile de "suivre" un film de Lynch ; il faut se laisser porter par les impressions, qui sont beaucoup plus révélatrices et significatives que le scénario à proprement parler. D'ailleurs, tout y invite : même l'image, imprégnée de matière (couleur, textures...) se rapproche de la peinture. On peut d'ailleurs remarquer plusieurs références à des peintres dont Lynch (lui-même peintre !) est grand amateur : Hopper (une scène où Diane est debout, en peignoir, dans sa cuisine dans la deuxième partie du film), Bacon (l'image du cadavre sur le lit, à la fin de la première partie).

"Corps à l'épreuve" : analyse de la contrainte subie par le corps de Betty/Diane dans le film, dans le cadre en tout cas, où elle est toujours rejetée à l'extrémité, contrairement à celui de Rita/Camilla, beaucoup plus libre. C'est une des techniques utilisées par Lynch pour nous faire ressentir le malaise de Diane, et son ressentiment, sa haine même, pour Camilla.

"This is the box" se concentre sur l'objet mystérieux et central du film : la boîte bleue par laquelle les protagonistes de la première partie accèdent au club Silencio. L'auteur l'analyse comme "crypte" au sens de Derrida, c'est-à-dire le for intérieur - entre autres.

"No Hay Banda!" est un entretien de Cyrille Habert avec Yan Maresz, ingénieur du son sur ce film. Il expose les techniques de Lynch pour utiliser le son, la manière dont tous, absolument tous les sons, de l'ambiance à la musique originale, sont retravaillés par le réalisateur (ou du moins sous sa direction) pour créer un univers sonore irréel et envoûtant.

Enfin, "Du tragique à l'inquiétant" explique comment Lynch, à partir d'un matériau (l'idée originale du film) qui pourrait donner une oeuvre tragique (les éléments de base sont tous là !), construit un tableau qui inspire la crainte diffuse mais très profonde plutôt que la compassion.

J'ai globalement beaucoup aimé ce recueil d'essais ; j'ai été plus fortement touché par "Filmer comme peindre" et l'entretien avec Yan Maresz, mais tous sont intéressants et éclairent le film d'une lumière nouvelle ou du moins exposent des hypothèses, des interprétations intéressantes.

Surtout, ils donnent très envie de revoir (encore !) le film, équipé de ces quelques données théoriques ou plus avérées (certains indices laissés par Lynch s'adressent vraiment à un public très restreint !!!).
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