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Masques de Venise
Mécréante Suprême




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Localisation: Sous vos yeux mais vous ne me voyez pas ...
Loisirs: Tout ce qui concerne les mots et les livres.
Date d'inscription: 06/05/2005
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Sujet: Louis XIV et ses filles. Mar 7 Mar - 13:05 |
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Comme tous les parents un tant soit peu responsables, Louis XIV devait connaître pas mal de déboires avec ses rejetons, notamment avec ses bâtards à l'exception notoire du comte de Toulouse.
Ses trois bâtardes les plus célèbres, la princesse de Conti (fille de Melle de La Vallière), la duchesse de Bourbon-Condé (fille aînée de Mme de Montespan) et la duchesse de Chartres (fille cadette de "la grande Sultane"), étaient de vraies pestes. Mais elles ne se contentaient pas de se moquer des courtisans, elles se lançaient aussi pas mal de piques. Saint-Simon raconte :
"[...] ... Les Princesses n'étaient que très-légèrement racommodées, comme on l'a vu plus haut, et Mme la princesse de Conti intérieurement de fort mauvaise humeur du goût de Monseigneur [le Grand Dauphin, son demi-frère, qui l'écoutait fort] pour la Choin [favorite de Monseigneur], qu'elle ne pouvait ignorer, et dont elle n'osait donner aucun signe.
A un dîner pendant lequel Monseigneur était à la chasse, et où sa table était tenue par Mme la princesse de Conti, le Roi s'amusa à badiner avec Mme la Duchesse [de Condé, fille aînée de Mme de Montespan] et sortit de cette gravité qu'il ne quittait jamais, pour, à la surprise de la compagnie, jouer avec elle aux olives. Cela fit boire quelques coups à Mme la Duchesse ; le Roi fit semblant d'en boire un ou deux, et cet amusement dura jusqu'aux fruits et à la sortie de table. Le Roi, passant devant Mme la princesse de Conti pour aller chez Mme de Maintenon, choqué peut-être du sérieux qu'il lui remarqua, lui dit assez sèchement que sa gravité ne s'accommodait pas de leur ivrognerie. La princesse, piquée, laissa passer le Roi ; puis, se tournant à Mme de Châtillon, dans ce moment de chaos où chacun se lavait la bouche, lui dit qu'elle aimait mieux être grave que sac à vin, entendant quelques repas un peu allongés que ses soeurs [les deux filles de Mme de Montespan] avaient fait depuis peu ensemble.
Ce mot fut entendu de Mme la duchesse de Chartres, qui répondit assez haut, de sa voix lente et tremblante, qu'elle aimait mieux être sac à vin que sac à guenilles ; par où elle entendait Clermont* et des officiers des gardes du corps qui avaient été les uns chassés, les autres éloignés, à cause de [Mme la princesse de Conti.] Ce mot fut si cruel qu'il ne reçut point de repartie, et qu'il courut sur le champ par Marly, et de là à Paris et partout.
Mme la Duchesse qui, avec bien de la grâce et de l'esprit, a l'art des chansons salées, en fit d'étranges sur ce même ton. Mme la princesse de Conti, au désespoir et qui n'avait pas les mêmes armes, ne sut que devenir. Monsieur [Philippe d'Orléans, leur oncle à toutes trois], le roi des tracasseries, entra dans celle-ci qu'il trouva de part et d'autre trop fortes [= c'est-à-dire que, d'un côté comme de l'autre, les adversaires sont allées trop loin dans la méchanceté.] Monseigneur s'en mêla aussi : il leur donna un dîner à Meudon, où Mme la princesse de Conti alla seule, et y arriva la première ; les deux autres y furent menées par Monsieur. Elles se parlèrent peu, tout fut aride, et elles revinrent de tous points comme elles étaient allées. ... [...]
* : François, chevalier de Clermont, qui avait feint une passion pour Mme la princesse de Conti afin de se concilier les bonnes grâces de Monseigneur. En parallèle, il feignait de s'attacher également à Melle Choin, maîtresse de Monseigneur. Derrière eux, M. de Luxembourg qui espérait ainsi dominer le Grand Dauphin, héritier présomptif, dont nul ne soupçonnait alors qu'il ne deviendrait jamais roi. Il y eut toute une affaire de lettres échangées en secret et où Clermont et la Choin se moquaient de la crédule princesse. Quand le scandale éclata, Louis XIV ne put faire autrement que de renvoyer Clermont et de passer un fameux savon à Mme de Conti. Toute l'affaire, trop dense pour qu'on en cite un extrait révélateur, tient au chapitre XIII des "Mémoires" de Saint-Simon.
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Dernière édition par le Jeu 15 Fév - 19:07, édité 1 fois
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Sujet: Re: Louis XIV et ses filles. Mar 7 Mar - 13:50 |
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Et voici l'"épilogue" de cette querelle :
La duchesse de Chartres.
Madame la Duchesse, sa soeur aînée.
"[...] ... Mme la Duchesse de Chartres et Mme la Duchesse [les deux filles de Mme de Montespan], plus ralliées par l'aversion de Mme la princesse de Conti*, se mirent, au voyage suivant [à Marly] à un repas rompu [= imprévu], après le coucher du Roi, dans la chambre de Mme de Chartres au château. Monseigneur joua tard dans le salon. En se retirant chez lui, il monta chez ces princesses, et les trouva qui fumaient avec des pipes qu'elles avaient envoyé chercher au corps de garde suisse. Monseigneur, qui en vit les suites si cette odeur gagnait, leur fit quitter cette exercice ; mais la fumée les avait trahies.
Louis, le Grand Dauphin, Monseigneur.
Le Roi leur fit le lendemain une rude correction, dont Mme la princesse de Conti triompha.
La princesse de Conti.
Cependant, ces brouilleries se multiplièrent, et le Roi, qui avait espéré qu'elles finiraient d'elles-mêmes, s'en ennuya, et, un soir à Versailles, qu'elles étaient dans son cabinet après son souper, il leur en parla très-fortement, et conclut par les assurer que, s'il en entendait parler davantage, elles avaient chacune des maisons de campagne où ils les enverrait pour longtemps, et où il les trouverait fort bien. La menace eut son effet, et le calme et la bienséance revinrent, et suppléèrent à l'amitié. ... [...]"
* : il arrivait aussi aux deux filles de Mme de Montespan de se tirer allègrement dans les pattes. L'une ou l'autre s'alliait alors avec Mme la princesse de Conti. D'où la précision de Saint-Simon.
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Sujet: Re: Louis XIV et ses filles. Ven 2 Mar - 13:33 |
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Si Louis XIV, que sa position de monarque plaçait au-dessus de tout, avait reconnu officiellement ses enfants, Mme de Montespan, toujours mariée à Louis-Henri de Pardaillan de Gondrin, marquis de Montespan, n'avait pu en user aussi facilement. Mme la Duchesse et Mme la duchesse de Chartres passaient donc pour l'Etat-civil comme étant nées de "mère inconnue." Il n'en était pas de même pour la princesse de Conti car sa mère, Louise de La Vallière, étant célibataire, n'avait eu (presque) aucun problème pour la reconnaître.
Cette différence, sur un sujet si sensible, offrit bien plus tard à Mme la Princesse une nouvelle occasion d'écraser ses deux demi-soeurs :
"[...] ... [Les trois filles du Roi] ajoutaient à leur nom [quand elles signaient] : "Légitimée de France." Mme la Duchesse de Chartres et Mme la Duchesse supprimèrent cette addition, et par là signèrent en plein comme les princesses du sang légitime.
Cet appât ne tenta point Mme la princesse de Conti : elle ne perdait point d'occasion de faire sentir aux deux autres princesses qu'elle avait une mère connue et nommée, et qu'elles, n'en avaient point ; elle crut que cette addition la distinguait en cela d'autant plus que les deux autres la supprimaient et elle voulut la conserver. ... [...]"
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Sujet: Re: Louis XIV et ses filles. Ven 2 Mar - 13:51 |
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Saint-Simon ne nous dit pas si le Roi réagit à la suppression opérée par deux de ses filles dans leur signature. Avait-il une préférence pour la princesse de Conti - qui lui rappelait peut-être le temps de sa jeunesse ? Toujours est-il que, en 1696, il lui donna une nouvelle marque de faveur :
"[...] ... Le Roi à Trianon mangeait avec les dames (1) et donnait assez souvent aux Princesses l'agrément d'en nommer deux chacune. Il leur avait donné l'étrange distinction de faire manger leurs dames d'honneur, ce qui continua toujours à être refusé à celles des princesses du sang, c'est-à-dire [aux dames] de Mme la Princesse(2) et de madame la princesse de Conti, sa fille. (3)
A Trianon, Mme la princesse de Conti, fille du Roi, lui fit trouver bon qu'elle nommât ses deux filles d'honneur pour manger, et elles furent admises ; elle était la seule qui en eût ... [...]"
(1) : c'est-à-dire qu'il autorisait les dames d'honneur à manger à sa table.
(2) : il s'agit d'Anne de Bavière, femme d'Henri-Jules de Bourbon, prince de Condé :
(3) : il faut comprendre "la fille du Roi."
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