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Légitimation des Bâtards du Roi.

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Masques de Venise
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MessageSujet: Légitimation des Bâtards du Roi.   Jeu 26 Jan - 11:36

Il est paradoxal de constater avec quelle facilité Louis XIV, qui avait eu toute son enfance pour réaliser le danger qu'il y a à donner trop de puissance aux princes du sang et aux Grands, sombra dans l'erreur de renier ses principes par amour et orgueil paternels.

Son père avait dû lutter toute sa vie contre les complots de son frère cadet, Gaston d'Orléans, père de la Grande Mademoiselle. A cette époque, Gaston épaulait surtout leur mère, Marie de Médicis.

Devenue Régente, Anne d'Autriche avait dû subir elle aussi les folies de Monsieur, allié cette fois-ci aux Grands - dont les Condé.

Hantée par l'idée que son cadet, Philippe, pût un jour s'opposer à Louis, Anne, avec la bénédiction de Mazarin, fit d'ailleurs tout pour féminiser les goûts du plus jeune de ses fils. On sait qu'elle y réussit fort bien.

Dans la même optique, Philippe, que la mort de son oncle Gaston avait fait "Monsieur", fut toujours fermement invité à réfréner les qualités pourtant importantes qu'il semblait posséder quant à l'art de la guerre.

Pourtant, rien de tout cela ne devait empêcher Louis XIV de faire conférer à ses bâtards un rang et une puissance qui choquèrent les contemporains. Son instrument principal en cette affaire fut le président de Harlay.
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MessageSujet: Re: Légitimation des Bâtards du Roi.   Jeu 26 Jan - 12:07

"[...] ... [Harlay] fit entendre à M. du Maine [fils aîné de Louis XIV et de Mme de Montespan] qu'il ne ferait jamais rien de solide qu'en mettant les princes du sang hors d'intérêt et en leur en donnant un de soutenir ce qui serait fait en sa faveur ; que, pour cela, il fallait toujours laisser une différence entière entre les distinctions que le Parlement faisait aux princes du sang et celle qu'on lui accorderait au-dessus des pairs, et former ainsi un rang intermédiaire qui ne blessât point les princes du sang, et qui, au contraire, les engageât à les maintenir dans tous les temps, par l'intérêt de se conserver un entre-deux, entre eux et les pairs ; que, pour cela, il fallait lui donner la préséance sur tous les pairs, et les forcer à se trouver à l'enregistrement de la déclaration projetée et à sa réception en conséquence, qui se devait faire tout de suite, lui donnant le bonnet* comme aux princes du sang, qui depuis longtemps ne l'est plus aux pairs, mais lui faire prêter le même serment des pairs, sans aucune différence de la forme et du cérémonial, pour en laisser une entière à l'avantage des princes du sang, qui n'en prêtent point ; et pareillement le faire entrer et sortir de séance tout comme les pairs, au lieu que les princes du sang traversent le parquet ; l'appeler par son nom comme les autres pairs, en lui demandant son avis, mais avec le bonnet à la main un peu moins baissé que pour les princes du sang, qui ne sont que regardés sans être nommés ; enfin le faire recevoir et conduire au carosse par un seul huissier à chaque fois qu'il viendra au Parlement, à la différence des princes du sang, qui le sont par deux, et des pairs, dont aucun n'est reçu par un huissier au carosse que le jour de sa réception, et qui, sortant de séance deux à deux, sont conduits par un huissier jusqu'à la sortie de la grand'salle seulement. ... [...]"

* : Saint-Simon entend par là que, lorsque le premier président s'adressera à M. du Maine, il devra le faire en tenant son bonnet à la main mais un peu moins bas que s'il s'adressait à un prince du sang. Or, cela faisait beau temps que le premier président ne se découvrait plus devant les pairs, dont Saint-Simon fait partie. De même, les pairs ne sont pas raccompagnés jusqu'à leur carrosse, à la différence des princes du sang et, désormais, de M. du Maine et de son frère, le comte de Toulouse. Seule différence : si les princes du sang ont droit à deux huissiers, les bâtards du Roi ne pourront se glorifier que d'un seul.

Un esprit moderne trouvera certainement ces détails byzantins. Mais dans le monde clos de la Cour, ils ne l'étaient absolument pas. Au reste, à l'instar du degré d'abaissement du bonnet du premier président, les révérences de cour étaient, elles aussi, plus ou moins profondes et nombreuses en fonction de la qualité de la personne à qui on la faisait. Plus que la simple marque de politesse, il faut voir là la manifestation d'un code social et politique extrêmement rigide et structuré.

Aux yeux de Saint-Simon, la création de ce "rang intermédiaire", qui est lui-même un bâtard issu du rang de prince du sang et de celui de pair de France, est une authentique infamie. De toute la légitimité de sa lignée, de toute la fidélité au Roi manifestée par son père au mépris de ses propres intérêts, le mémorialiste se sent bien plus aristocrate que ne le seront jamais les enfants adultérins de Mme de Montespan. Sans doute était-il incapable de le formuler de cette manière puisque les bâtards, par leur père, touchaient à la fonction royale d'essence divine, qu'un homme comme Saint-Simon ne saurait attaquer. Mais le mémorialiste dispose de cette arme sans égale qu'est l'art du conteur pour nous faire part de sa révolte et, il faut bien l'avouer, nous faire rentrer dans son camp. Et il ne s'en prive pas.
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MessageSujet: Re: Légitimation des Bâtards du Roi.   Jeu 26 Jan - 12:37

"M. du Maine," nous dit encore Saint-Simon, "fut extrêmement satisfait de tant de distinctions au-dessus des pairs, et d'être si approché de celles des princes du sang, sans courir le risque de les blesser, et fut surtout fort touché de l'adresse avec laquelle ce rang intermédiaire était imaginé par le premier président pour lui assurer en tous temps la protection de tous ces avantages, par celui qu'on y faisait trouver aux princes du sang pour eux-mêmes. M. du Maine content, le Roi le fut aussi. Il ne fut donc plus question que de dresser la déclaration, que le premier président avait déjà minutée, et qu'il ne fit qu'envoyer au net pour être scellée."

Cet "en tous temps" laisse présager l'affaire du testament de Louis XIV. Les dernières volontés du Roi, il est vrai fort pressé par Mme de Maintenon et M. du Maine, avaient été de laisser la tutelle du jeune Louis XV ainsi que la Maison militaire à l'aîné de ses fils adultérins. Le premier acte politique de Philippe d'Orléans fut de faire casser ce testament inouï par le Parlement de Paris.

Louis-Auguste de Bourbon, duc du Maine.
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MessageSujet: Re: Légitimation des Bâtards du Roi.   Jeu 26 Jan - 13:00

Ayant trahi, il ne reste plus à Achille III de Harlay qu'à recevoir le prix de sa forfaiture :

"[...]... Ce fut alors que [Harlay] sut se servir de M. du Maine pour faire proposer au Roi sa récompense. Il avait déjà eu quelque sorte de parole ambiguë, mais qui n'était pourtant qu'une espérance, d'être fait chancelier, lorsque le Roi, voulant légitimer les enfants qu'il avait de Mme de Montespan, sans nommer la mère, dont il n'y avait point d'exemple, Harlay, consulté, lors procureur général, suggéra l'expédient d'embarquer le Parlement par [la légitimation] du chevalier de Longueville, qui réussit si bien. En cette occasion-ci, il se fit donner formellement parole par le Roi qu'il succéderait à Boucherat, chose qui le flatta d'autant plus que ce chancelier était alors fort vieux et ne pouvait le faire attendre longtemps.

Pour l'exécution de la déclaration [du rang intermédiaire créé pour le duc du Maine et le comte de Toulouse], le Roi en parla aux princes du sang qui ne crurent avoir que des remerciements à faire. Le Roi les pria de se trouver au Parlement et M. le Duc et monsieur le Prince de Conti de lui faire le plaisir de conduire M. du Maine en ses sollicitations. On peut juger s'ils le refusèrent. De là, le Roi fit appeler l'archevêque de Reims [Charles Le Tellier, frère de Louvois, le ministre tout puissant de Louis XIV] : il lui fit part de ce qu'il avait résolu, lui dit que les pairs seraient plus convenablement invités par lui-même à cette cérémonie que par M. du Maine ; qu'ainsi, M. du Maine n'irait pas chez eux, mais qu'il priait l'archevêque de se trouver au Parlement, et lui ordonnait d'écrire de sa part une lettre d'invitation à chaque père. Un fils de M. Le Tellier était fait pour tenir tout à l'honneur venant du Roi : il lui répondit dans cet esprit courtisan, et de là s'en fut chez M. du Maine. Ce fut le seul de tous les pairs qui commit cette bassesse ; pas un ne dit un mot au Roi, ni à M. du Maine, pas un ne fut chez ce dernier, ni devant ni après la cérémonie. ... [...]"


Chez Saint-Simon, l'ironie aussi est "Grand Siècle." M. le Duc comme le prince de Conti ne pouvaient que se faire un plaisir d'obéir aux ordres royaux : le premier était le propre beau-frère du duc du Maine et le second, de la branche cadette des Condé, était trop en défaveur auprès du monarque pour s'opposer à sa volonté.

Quant à ce "fils de M. Le Tellier" qui "fut le seul de tous les pairs" à se compromettre dans cette machination, comment aurait-il pu, lui, le bourgeois, fils de bourgeois, tout fraîchement ennobli par la faveur de son frère, comprendre toute la noblesse du combat mené en cette affaire par les pairs issus de la noblesse ?

Louis III de Bourbon-Condé, petit-fils du Grand-Condé.

Louise-Bénédicte de Bourbon-Condé, sa soeur, duchesse du Maine

Tous deux étaient les enfants de Henri-Jules de Condé, dont la santé mentale était si atteinte qu'il lui arrivait à date plus ou moins fixes de se prendre pour un chien et de se comporter comme tel. Avec cela, père indigne, véritable tyran domestique dont l'épouse, Anne-Henriette de Bavière, si noble qu'elle fût par ailleurs, n'était qu'une femme battue.

Henri-Jules, prince de Condé, dit "Condé le Fol."

Anne-Henriette de Bavière, princesse de Condé, son épouse.
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troglody
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MessageSujet: Re: Légitimation des Bâtards du Roi.   Jeu 26 Jan - 22:36

Olala Masques de Venise ! 4 posts d'un coup !
Je les lis demain à tête reposée, promis !
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Gai Luron
Turluron d'Honneur.


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MessageSujet: Re: Légitimation des Bâtards du Roi.   Jeu 26 Jan - 22:42

Ca se voit que t'as jamais déjeuné avec elle. Faut pas l'embarquer sur l'Histoire : elle a toujours quelque chose à dire. Note que, question livres et politique, c'est pareil.

Après ça, elle ose dire que je suis plus bavard qu'elle ...
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MessageSujet: Re: Légitimation des Bâtards du Roi.   Ven 27 Jan - 11:28

Moi, bavarde ????

Mais c'est comme si tu disais que je suis incapable de faire court ... Mr. Green
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Von Stroheim
L'homme que vous aimerez haïr, bien sûr.


Lion Cheval
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MessageSujet: Re: Légitimation des Bâtards du Roi.   Sam 28 Jan - 21:04

Lequel des deux Condé a enfoncé un pétard allumé dans le sexe d'une pauvre prostituée, puis l'a laissée agoniser, le ventre en charpie ? Le II ou le III ?

Pervers et meurtrier bien qu'aristocrate.
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L'idée de la décadence de l'Occident fait partie de son langage culturel. L'Occident s'est toujours plu à imaginer sa propre mort.
Jean Baudrillard - Sociologue
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MessageSujet: Re: Légitimation des Bâtards du Roi.   Mar 31 Jan - 10:01

Je pense qu'il s'agissait de Louis III. Il était complètement fou, plus encore que son père. C'est à peine s'il se contenait devant le Roi - alors qu'Henri-Jules redoutait Louis XIV. Seul point positif : Louis semble avoir adoré sa mère et s'être interdit toute méchanceté sur elle ou en sa présence. Peut-on voir là la marque d'Oedipe ? Peut-être. Louis avait vu sa mère souffrir en silence. Cela ne l'empêcha pas de se montrer sadique avec les femmes. Il marchait d'ailleurs à la voile et à la vapeur. On raconte encore que, un jour, recevant le chanoine Santeul, il s'amusa à enivrer le malheureux et lui vida sa tabatière dans un verre. Puis, il lui fit boire le mélange. Le malheureux prêtre mit deux jours à mourir ...
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