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Masques de Venise Mécréante Suprême


   Age : 48 Inscrit le : 06 Mai 2005 Messages : 14364 Localisation : Sous vos yeux mais vous ne me voyez pas ... Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
| Sujet: John Fowles. Lun 13 Mar - 14:37 | |
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The French lieutenant's woman Traduction : Guy Durand
Né en 1926 et décédé d'un cancer l'an dernier, John Fowles est l'auteur de nombreux romans dont deux au moins sont connus par les cinéphiles : "L'Obsédé", porté à l'écran par William Wyler, sombre et curieuse histoire d'un jeune homme qui enlève la femme dont il est amoureux et la séquestre dans une cave, la traitant comme un authentique objet de collection (lui-même collectionne les papillons) et "Sarah et le ..." où Meryl Streep gagna ses galons de star à la fin des années 1970.
Mais le film créait une double intrigue, la première, qui donne son titre au roman, permettant à la seconde, une liaison entre deux comédiens, de se faire et de se défaire pendant le tournage du scénario adapté du roman originel. C'était, pour tout dire, assez mal trouvé. Dans le roman de Fowles, cette partie XXème siècle n'existe pas. Tout s'y passe dans les années 1860, dans l'Angleterre victorienne, et Fowles tente une réflexion intéressante sur la société bien-pensante et bien-croyante de l'époque, s'amusant souvent avec cruauté à en souligner les hypocrisies les plus criantes.
Tout s'articule autour du personnage de Sarah Woodruff, fille de fermier élevée "au-dessus de sa condition" comme on disait alors et devenue préceptrice chez les Talbot. Le hasard fait qu'elle y rencontre un lieutenant de vaisseau française ayant échoué en piteux état sur la plage de Lyme Bay. Comme Sarah est la seule à parler correctement français, elle devient, tout au long de la convalescence du marin, son interprète et son interlocutrice privilégiée. Peu à peu, le jeune homme, qui est pourtant marié, se fait pressant et, finalement, la persuade de le rejoindre à Weymouth d'où il réembarquera pour la France. Sarah l'y rejoint ...
Bien entendu, tout se passe mal et la jeune femme se voit contrainte de rejoindre Lyme où elle paraît plonger dans ce que nous appellerions une dépression nerveuse. On la traite désormais comme une "pécheresse" mais il faut bien dire que, si elle repousse tous ceux qui voudraient réellement lui venir en aide, elle n'hésite pas à accepter un emploi de lectrice chez Mrs Poulteney, la seconde Grande Bigote du coin. Sarah serait-elle masochiste ?
Quoi qu'il en soit, sa route va bientôt croiser celle de Charles Smithson, jeune trentenaire de la meilleure société, débarqué à Lyme pour y faire sa cour à Ernestina Freeman, avec laquelle il est fiancé. A partir de là, tout va se dérégler subtilement ...
Du roman du XIXème, Fowles a gardé les longueurs et le sens des digressions. Il faut donc déjà - à mon avis - s'intéresser à la littérature anglaise de cette époque pour ne pas se trouver rebuté par son roman. Les appels au lecteur pourront aussi étonner le lecteur non averti.
En revanche, la maîtrise de l'analyse et la façon dont les problèmes sexuels, ces éternels écueils de l'univers victorien, sont ici abordés appartiennent bien au monde moderne. La construction, qui participe du retour en arrière et des récits entremêlés, appartient elle aussi au XXème siècle. En outre, Fowles maîtrise fort bien son sujet et il est passionnant de le voir disserter sur la représentation de la femme et de la sexualité dans le roman victorien, dresser tel ou tel parallèle entre l'architecture de l'époque et sa mentalité étriquée et repliée sur soi. Tout doucement, il s'applique à transformer cette Sarah qui, souvent, nous apparaît comme une femme passée maîtresse dans l'art de l'intrigue, en une femme moderne avant la lettre et qui a dû ruser avec la société dans laquelle elle était née pour y survivre. Peut-être d'ailleurs n'est-ce pas un hasard si le nom de Becky Sharp, autre "résistante", celle-la pré-victorienne, de la littérature britannique, apparaît dans les premiers chapitres.  _________________ http://notabene.forumactif.com/ http://blog.bebook.fr/woland/index.php/ |
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   Age : 48 Inscrit le : 06 Mai 2005 Messages : 14364 Localisation : Sous vos yeux mais vous ne me voyez pas ... Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
| Sujet: L'Obsédé (L'Amateur) Mar 1 Juil - 15:47 | |
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The Collector Traduction : Solange Lecomte
Bien avant qu'il ne fût à la mode d'explorer les méandres sanglants de l'imaginaire des psychopathes sexuels, John Fowles eut l'idée de dépeindre l'un d'eux et sa victime, enfermés dans une vieille maison de la banlieue londonienne. Comme son personnage principal avait, tout enfant, monté une collection de papillons - parmi lesquels il confessait un grand faible pour les spécimens frappés de mutations génétiques, les "aberrations", selon le terme d'usage - l'écrivain trouva son titre presque immédiatement : "The Collector."
Certains ont évoqué, à propos de ce roman bien particulier, la "Lolita" de Nabokov. On le comprend mal, et même pas du tout car si Humbert-Humbert, tout pédophile qu'il soit, parvient malgré tout à émouvoir le plus récalcitrant de ses lecteurs, Frederick l'Obsédé ne nous atteint pas. Le talent de Fowles, même s'il est à mille lieues de la poésie flamboyante de Nabokov, n'est pas en cause : en fait, le romancier n'a pas souhaité autre chose. Pédophile improbable, Humbert-Humbert a encore un coeur, fût-il monstrueux ; le personnage de Fowles, lui, glaçant de réalisme, n'a plus, quand on le quitte, rien d'humain.
La construction du récit nous permet d'accéder aux deux points de vue, radicalement antinomiques, des deux "héros" : Frederick, qui s'est rebaptisé Ferdinand par référence au duo d'amants, Ferdinand/Miranda, d'une pièce de Shakespeare, et Miranda, sa victime, qui, tout au fond d'elle-même, finira par le surnommer Caliban.
La partie dévolue à l'Obsédé est de loin la plus impressionnante car, avec une grande habileté, Fowles nous le fait voir, glissant d'un état où, malgré tout, il ressent encore un peu de culpabilité jusqu'à celui où, après la mort de la jeune femme, cet esprit malade envisage, avec un sang-froid absolu, aussi simplement que s'il envisageait d'aller faire ses courses le lendemain au marché du coin, de réitérer l'expérience avec une partenaire qui, cette fois, se montrera plus docile.
L'impuissance sexuelle du personnage, son désir de la masquer sous une volonté de "pureté" aux fortes connotations religieuses, sont évidemment à l'origine de sa perversion. Comme dans tant d'autres histoires, réelles ou imaginées, du même type, on retrouve également une Image maternelle extrêmement ambiguë.
Au texte, on pourra reprocher quelques longueurs - surtout dans le Journal de Miranda mais, après tout, la jeune fille, emprisonnée dans la cave de la maison, doit bien occuper son temps, n'est-ce pas ? - quelques digressions sur l'art et la philosophie. Il pourra aussi déconcerter par sa sécheresse quasi clinique. Mais, tout compte fait, n'était-ce pas l'effet recherché par l'auteur ? Et Frederick et Miranda ne sont-ils pas, dans notre bibliothèque, comme deux spécimens que nous observons au travers d'un prisme littéraire, uniquement pour notre plaisir de lecteur-voyeur ? ...
Un livre dérangeant. A plus d'un titre.  _________________ http://notabene.forumactif.com/ http://blog.bebook.fr/woland/index.php/ |
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