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| | Autobiographie d'une Esclave - Hannah Crafts | |
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Masques de Venise Mécréante Suprême


   Age : 48 Inscrit le : 06 Mai 2005 Messages : 14342 Localisation : Sous vos yeux mais vous ne me voyez pas ... Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
| Sujet: Autobiographie d'une Esclave - Hannah Crafts Mar 1 Juil - 21:59 | |
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The Bondwoman's narrative Edition établie, annotée et préfacée par Henry Louis Gates Jr Traduction : Isabelle Maillet
Cette autobiographie romancée est surtout remarquable par le fait que, selon les enquêtes effectuées, elle constituerait le premier document rédigé par une Noire avant la Guerre civile américaine. En effet, jusqu'aux années 1860, il y eut, bien entendu, des écrits (fictionnels ou non) rédigés par des Blancs oeuvrant en tant que Blancs ou se faisant passer pour Noirs, des textes pro-abolitionnistes comme pro-esclavagistes. Mais il semble bien que, jusque là, aucun Noir n'avait pris la plume pour raconter l'esclavage.
Les obstacles, on s'en doute, étaient évidemment légion pour le malheureux homme de couleur qui y aurait songé. Mais assez curieusement, ce n'est pas l'illettrisme et l'ignorance qui, selon Henry Gates, sont ici à mettre en cause : le fait qu'un Noir put exprimer tout simplement son opinion personnelle sur l'esclavage ne venait à l'esprit de personne, pas même dans le Nord abolitionniste.
Le manuscrit d'Hannah Crafts fut redécouvert au XXème siècle, lors d'une vente aux enchères spécialisée. Il se présente comme un hybride mêlant allègrement ce que nous appelons le roman populaire à une part autobiographique et à la fascination, très XIXème, pour les histoires gothiques.
Hannah Crafts - appelons ainsi cette femme dont nous ignorerons toujours l'identité réelle - était certainement une ancienne esclave qui, après mille avatars, était parvenue à s'enfuir dans le Nord et à s'y faire une vie libre. Enfant curieuse et douée, elle avait appris à lire et à écrire un anglo-américain tout ce qu'il y a de plus honorable, que renforce et égaie çà et là un sentiment poétique inné. Les prêches constituant à l'époque la seule ressource de l'esclave, les citations bibliques abondent - un peu trop - surtout en début de chapitre, de même que les sentences habituelles sur la sagesse divine.
Voilà pour le style. Côté intrigue et péripéties, Hannah Crafts a certainement lu pas mal de romans, des bons et des moins bons mais, comme elle réfléchissait à ce qu'elle lisait et possédait une grande sensibilité, elle a su en retirer la leçon. Elle a dû beaucoup apprécier Dickens et les grands romans gothiques à la Brontë et ce penchant lui a permis de développer une technique narrative qui, malgré quelques coups de théâtre, respecte la logique de la vie.
Les portraits qu'elle fait, des Blancs comme des Noirs, sont très vivants et pleins de ces petits détails qui "font" le personnage. Elle rappelle notamment que, parmi les Noirs eux-mêmes, une ségrégation puissante existait entre les esclaves des champs et les esclaves de maison, entre ceux qui avaient le teint vraiment sombre et ceux qui l'avaient plus clair. Avec un naturel qui, compte tenu des influences religieuses qu'elle a certainement subies, surprend assez, elle n'hésite pas à évoquer le douloureux problème de la sexualité entre maîtres et esclaves. Et l'on devine alors la femme de tête qu'elle fut sûrement, dans sa quête éperdue de dignité et de liberté, une femme forte et qui, tout en gardant sa foi dans un paradis céleste, a dû penser bien souvent : "Aide-toi, le Ciel t'aidera ..."
Le manuscrit fut-il remanié ? ... Voilà une autre énigme. Gates affirme ne pas y avoir touché et on peut le croire. Mais avant lui ? ... Les portraits des planteurs sont plutôt convenus et les abolitionnistes sont pour ainsi dire des anges. Enfin, l'un dans l'autre, cette "Autobiographie d'une esclave", si romancée qu'elle soit - un peu trop pour mon goût - se laisse lire et, surtout, incite à vouloir en savoir plus sur la scission entre le Sud et le Nord des Etats-Unis.  _________________ http://notabene.forumactif.com/ http://blog.bebook.fr/woland/index.php/ |
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   Age : 48 Inscrit le : 06 Mai 2005 Messages : 14342 Localisation : Sous vos yeux mais vous ne me voyez pas ... Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
| Sujet: Re: Autobiographie d'une Esclave - Hannah Crafts Mar 1 Juil - 22:05 | |
| Dans la préface au manuscrit, Gates cite ces lignes :
| Citation: | | "[...] ... Là se trouvaient face à face deux êtres qui représentaient les extrêmes de la société. La blanche et noble enfant aux cheveux d'or, au regard profond, au front intelligent et superbe, aux mouvements aristocratiques ; et tout près d'elle, rampante, noire, défiante, rusée, subtile et menteuse, une autre enfant. Oui, elles illustraient bien deux races : la race saxonne, née de la civilisation, portée dans les entrailles des siècles, et qui a, derrière elle et pour elle, de longues années de commandement, d'éducation et de suprématie morale et matérielle, et la race africaine, cette fille des siècles opprimés, ce produit de l'asservissement, de la misère, de l'ignorance et du vice. ... [...] |
A votre avis, qui les a écrites ?
Je vous donne deux indices : ce ne sont ni Hannah Crafts, ni Margaret Mitchell.  _________________ http://notabene.forumactif.com/ http://blog.bebook.fr/woland/index.php/ |
|  | | Morgane la fée Our Witch-Ambassadress to Albion


   Age : 20 Inscrit le : 23 Jan 2006 Messages : 1410 Localisation : Leicester (UK) et Antony (France) pendant les vacances Emploi : Etudiante en American studies Loisirs : lecture, cinéma, écriture, voyages
| Sujet: Re: Autobiographie d'une Esclave - Hannah Crafts Mar 1 Juil - 23:23 | |
| Harriet Beecher Stowe? _________________ -We live as we dream--alone Heart of Darkness J. Conrad
-De Satan ou de Dieu, qu'importe ? Ange ou Sirène, Qu'importe, si tu rends, – fée aux yeux de velours, Rythme, parfum, lueur, ô mon unique reine ! – L'univers moins hideux et les instants moins lourds ? Baudelaire |
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   Age : 48 Inscrit le : 06 Mai 2005 Messages : 14342 Localisation : Sous vos yeux mais vous ne me voyez pas ... Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
| |  | | Thomas Ordonnateur des Basses Oeuvres de Nota Bene - il en est fier, en plus ...


   Age : 32 Inscrit le : 04 Avr 2006 Messages : 6840 Localisation : Paris Emploi : Passionnant mais indescriptible... Loisirs : Littérature, Cinéma, Photo, Cuisine
| Sujet: Re: Autobiographie d'une Esclave - Hannah Crafts Mer 2 Juil - 9:22 | |
| La fin de l'extrait tend quand même à montrer que l'attitude de la petite esclave est le fruit de l'asservissement, que ce n'est pas son état naturel, biologique ! _________________ "Le secret douloureux des dieux et des rois, c'est que les hommes sont libres." Jean-Paul Sartre, Les mouches "La sensualité est la condition mystérieuse, mais nécessaire et créatrice, du développement intellectuel." Pierre Louÿs, Aphrodite
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   Age : 48 Inscrit le : 06 Mai 2005 Messages : 14342 Localisation : Sous vos yeux mais vous ne me voyez pas ... Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
| Sujet: Re: Autobiographie d'une Esclave - Hannah Crafts Mer 2 Juil - 12:59 | |
| Ce qui me choque, c'est que l'enfant blanche est née de "la" civilisation (= il n'y en a qu'une seule de civilisation possible, la civilisation blanche et encore doit-elle être saxonne) alors que la fillette noire, elle, est née de tout ce qu'on veut mais certainement pas d'une civilisation. Vois-tu, Tom, je lis ce texte comme si :
1) en Afrique, il n'y avait jamais eu de civilisation ou de forme de société ayant pu donner, au-delà l'esclavage, des bases aux Noirs ;
2) et du côté blanc, toute civilisation autre que saxonne - la latine, par exemple - et probablement protestante ne mérite pas ce nom. Bref, c'est, sous une forme larvée, le triomphe absolu de la WASPerie.
En ce qui concerne la civilisation blanche autre que WASP, nous savons tous à quoi nous en tenir. En ce qui concerne la civilisation africaine et ce que les esclaves noirs ont pu en sauver, il suffit par exemple de se rappeler "Racines" de Hailey pour savoir que Mrs Beecher-Stowe est de parti-pris. Elle qui évoque si bien l'ignorance des autres était, à mon sens, une fameuse ignare - confite en bondieuseries, qui pis est : il y a eu des esclaves qui, au prix de leur vie, ont tenté d'apprendre à lire, à écrire, à se cultiver - le texte de Crafts est là pour le prouver mais aussi toute l'Histoire des Noirs aux USA. Beecher-Stowe, elle, était blanche, libre et éduquée : rien ne s'opposait à ce qu'elle passât outre les images d'Epinal du sujet qu'elle s'était choisi pour son roman afin de mieux connaître ceux dont elle parlait, tant les Blancs d'ailleurs que les Noirs. Pourquoi ne l'a-t-elle pas fait ? ...
De plus, si mes souvenirs sont bons, à la fin de son roman, elle réexpédie certains protagonistes noirs en Afrique - où il n'y a aucune civilisation, elle le dit elle-même - et voilà, on n'en parle plus : à leur place, les sauvages !
Je ne suis pas partisane de l'esclavage, quelle que soit la couleur de peau de la personne ainsi asservie mais pour moi, Harriet Beecher-Stowe est une foutue hypocrite - comme la majeure partie des abolitionnistes nordistes qui ont fait la guerre au Sud uniquement pour des raisons économiques. Malheureusement, les Nordistes ayant remporté la Guerre civile, ils ont fait comme tous les vainqueurs : ils ont réécrit l'Histoire à leur avantage. J'ai beau être habituée, ça me f... toujours en rage.
Beecher-Stowe était raciste, et doublement !  _________________ http://notabene.forumactif.com/ http://blog.bebook.fr/woland/index.php/ |
|  | | millie Littérophage Notabéniste Avec Mention.

   Age : 33 Inscrit le : 09 Aoû 2007 Messages : 404 Localisation : montpellier Emploi : prenant Loisirs : divers (comme d'été)
| Sujet: Re: Autobiographie d'une Esclave - Hannah Crafts Mer 2 Juil - 18:57 | |
| Je lis ce texte comme un point de vue qui était beaucoup représenté à l'époque. Je ne le perçois pas forcément comme celui de l'auteur...
Je ne connais pas suffisamment Harriet Beecher-Stowe... Cependant, je pense que les possibles contradictions ne sont pas nécessairement signes d'hypocrisie... Elles pourraient témoigner d'une "libération" partielle vis-à-vis d'une époque... Par ailleurs, il faudrait encore que ce soit vraiment son point de vue et donc qu'il y ait contradiction. Par rapport à un roman, je n'arrive pas à savoir. S'il y a des écrits type essais ou discours, là, c'est plus significatif, à mon avis. |
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