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Sibylline. Littérophage Notabéniste Avec Mention.


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| Sujet: Lettre B. Dim 22 Oct - 19:44 | |
| B comme Baldassare, le héros de l’excellent « Périple de Baldassare » de Amin Maalouf (qui a d'ailleurs une autre héroïne en B)
http://www.lecture-ecriture.com/fiche_auteur.php?auteur=7
Baldassare, un homme dont on se sent proche (du moins je vous le souhaite) qui nous entraîne et nous promène dans ses étranges aventures qu’il semble toujours tenter de minimiser mais qui lui feront tout de même voir du pays. Et à nous aussi. Un vraiment excellent roman.
Le site officiel : http://aminmaalouf.narod.ru _________________ http://lecture-ecriture.com/
Dernière édition par Masques de Venise le Jeu 28 Déc - 13:06, édité 1 fois |
|  | | Masques de Venise Mécréante Suprême


   Age : 48 Inscrit le : 06 Mai 2005 Messages : 14364 Localisation : Sous vos yeux mais vous ne me voyez pas ... Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
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| Sujet: Re: Lettre B. Mar 24 Oct - 10:33 | |
| De Barthélémy le Puisatier, une création de Fred pour "Pilote", on pourrait dire qu'il est non pas celui par qui le scandale arrive mais celui par qui le "A" de l'océan Atlantique s'impose dans la BD.
Cela fait des lustres et des lustres que Barthélémy est prisonnier du premier ou du second "A" de l'Atlantique - désolée, il faudrait que je vérifie ... Certes, il s'est résigné à la vie un peu morne qu'il y mène mais il conserve bon espoir de retrouver un jour le monde réel.
Un jour, le jeune Philémon, adolescent rêveur qui fait le désespoir de son père parce qu'il ressemble trop à son oncle Félicien, se rend au puits familial pour y prendre de l'eau. Et voilà que, en se penchant un peu sur la margelle, il bascule et ... se retrouve sur le "A."
Après maintes péripéties surréalistes, Philémon parvient à ramener Barthélémy sur la terre ferme. Hélas ! A peine de retour parmi nous, Barthélémy n'aura de cesse de vouloir à tous prix retourner sur son "A" : le Puisatier est en effet de ces gens qui passent leur temps à regretter le passé.
Au physique, Barthélémy est un petit bonhomme vêtu à la Robinson Crusoë et dont on ne voit guère que les yeux et la barbe blanche. Est-il si vieux qu'il en a l'air ? Fred ne donne là-dessus aucune précision. Certains analystes de la BD "Philémon" voient en ce personnage le double plus ou moins maléfique du héros principal ou, plus précisément, l'expression de son "ça." Le fait est que Barthélémy n'est guère regardant sur les moyens quand il s'agit de regagner le "A" et qu'il se plonge - et plonge autrui - dans les ennuis parce qu'il veut n'en faire qu'à sa tête. A tout cela, ajoutons que c'est un râleur-né et qu'il ne se montre jamais reconnaissant des efforts déployés par ses amis pour le tirer du pétrin.
Barthélémy et Philémon sur l'âne Anatole. _________________ http://notabene.forumactif.com/ http://blog.bebook.fr/woland/index.php/
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| Sujet: Re: Lettre B. Lun 22 Jan - 15:12 | |
| Tels Gaston Lagaffe qui poussa ainsi un beau jour la porte des Editions Dupuis et, quelques années plus tard, Achille Talon débarquant dans les pages de « Pilote », Bécassine ne devait au départ assurer le spectacle que dans une page désespérément blanche de « La Semaine de Suzette », journal pour petites filles « bien » édité par les très catholiques Editions Gautier- Languereau.
Mais le personnage de cette petite bonne trop naïve, affublée d'un « costume régional » que jamais, de mémoire de Breton, on n’a vu en Armorique et qui, pour d’autres, tient plutôt de la Picardie, remporta un succès si grand que sa créatrice, Jacqueline Rivière, dut inventer d’autres bévues pour satisfaire à la demande de son jeune public. Cela se passait en février 1905.
Tant que Jacqueline Rivière fut aux commandes du scénario, Bécassine resta cantonnée aux bêtises énormes et à une simplicité qui devait rassurer les élites bourgeoises de l’époque sur la sottise congénitale de leur personnel de maison. Mais en 1913, avec l’entrée en scène de Caumery, pseudonyme de Maurice Languereau, neveu et associé d’Henri Gautier, les scénarii vont passer à la vitesse supérieure.
Tout d’abord, ils gagnent en profondeur. L’héroïne elle-même acquiert une identité réelle (Annaïck Labornez), un village natal (Clocher-les-Bécasses), une famille (ses parents, bien sûr mais surtout son oncle Corentin, maire de la commune dont la noblesse de coeur instinctive n'est plus à prouver, et son inénarrable cousine, Marie Quillouch qui est, rappelons-le, d'une avarice sordide non parce qu'elle est paysanne, encore moins parce qu'elle est bretonne mais pour la raison toute bête ... qu'elle est née et à été élevée dans ces idées ), des amis et enfin des protecteurs (la famille de Grand-Air). Après la Grande guerre, elle se trouvera même, et pour longtemps, une sorte de « filleule » en la personne de Louise-Charlotte, dite « Loulotte », petite Bretonne née dans une famille pauvre mais élevée comme sa petite-fille par Mme de Grand-Air.
Caumery aime la Bretagne et les Bretons et jamais, contrairement à ce qu’affirment avec violence moult militants nationalistes, gauchisants ou non, et qui n’ont d’ailleurs bien souvent jamais lu les albums qu’ils vilipendent, il ne se moque d’eux. Parlant du père de Bécassine, hésitant à verser la surtaxe postale pour lire une lettre que son étourdie de fille lui a envoyée de Paris sans la timbrer, Caumery explique par exemple que Conan Labornez n’agit pas ainsi par avarice mais parce que, comme tant d’autres, il est obligé par la pauvreté à surveiller ses dépenses. Pour Caumery, les costumes bretons sont « magnifiques » et les traditions du pays – comme d’ailleurs celles de toutes les autres régions de France – sont à observer et à respecter. Quand il raille, il prend surtout à partie les Anglo-Saxons et les Américains mais ce n’est jamais très méchant. Seuls les parvenus de tous poils et les snobs excitent sa férocité et ceux-là sont souvent … parisiens ou, à tout le moins, citadins.
Quant à Bécassine elle-même, que de tendresse pour elle ! Certes, il ne touche guère à sa naïveté qui reste la marque de fabrique du personnage, et elle continue à faire des « bêtises ». Mais en contrepartie, quel cœur il lui donne ! Honnête, loyale, généreuse, aimante, patriote (oh ! le vilain mot que je viens d’écrire là ! mais passons, je suis une affreuse de droite, je peux, même je dois le faire ), avec ça d’un courage et d’une gaieté inaltérables dans l’adversité, à un point tel que, lorsque s’abattront sur la France les années sombres de l’Occupation, Bécassine entrera en Résistance … et se verra interdire par les Nazis, lesquels, eux, avaient tout de suite compris que cette Bretonne-là ne se laisserait jamais charmer par les chants faussement indépendantistes de leur propagande.
Dans l’album « Les Bonnes Idées de Bécassine », Caumery ira même jusqu’à permettre à Bécassine de donner des leçons de loyauté à la marquise de Grand-Air en personne. Son scénario prévoit en effet qu’une nièce de la marquise, la baronne Kiné, tente de circonvenir celle-ci pour qu’elle se décide à envoyer Loulotte loin d’elle, dans une espèce d’orphelinat. L’enfant n’étant en effet nullement apparentée aux Grand-Air par le sang et n’étant à dire vrai qu’une petite paysanne à la chance insolite, tout rentrerait ainsi dans l’ordre. Dans un élan superbe, Bécassine déclare alors à sa maîtresse que ce ne sont là ni les manières, ni les intentions d’une grande dame et menace de la quitter pour suivre Loulotte, afin que celle-ci conserve auprès d’elle un être qui l’aime. Emue, la marquise se ressaisit et, au lieu de renvoyer Loulotte, rompt avec les Kiné.
Ces aspects positifs de Bécassine, ses contempteurs s’acharnent à les nier avec fureur. A notre triste époque, ils en sont même arrivés à présenter notre héroïne comme une « victime du colonialisme économique » (si ! ) et même – il fallait s’y attendre – à une « victime du racisme. » (Signalons à ce propos que, par une étrange inconséquence qui, à mon avis, prouve amplement qu'ils n'ont jamais lu ce qu'ils prétendent interdire de lire à autrui, ils n'évoquent jamais les idées, très coloniales, qui sont celles de Bécassine sur certains points, tout comme elles l'étaient alors pour l'essentiel de la société, domestiques y compris. Forcément, chez une "victime du colonialisme français", ça la f ... plutôt mal ... )
Avec ça, inutile de leur faire remarquer que Bécassine est la première femme à avoir acquis une place de choix dans la BD. Pas la peine non plus de leur parler du dessin tout à fait particulier de Pinchon, dont les lignes claires, les médaillons et les décors souvent « arts-décos » donnent à l’univers de Bécassine un ton unique. Bien qu’ils soient les premiers à se croire des féministes convaincus et que jamais vous ne les verrez douter du savoir qu’ils s’imaginent détenir, tout cela leur passe au-dessus de la tête.
Le plus curieux, c’est que Bécassine et ses créateurs focalisent si bien leur obsession que jamais il ne leur viendrait à l’esprit de blâmer Maupassant lorsqu’il peint les paysans normands, Zola quand il écrit « La Terre » (et pourtant, « La Terre », c’est fort de café !) ou imagine la pauvre Adèle, petite bonne bretonne elle aussi, qu’exploite jusqu’à l’os l’ignoble Mme Josserand, voire un Mirbeau avec son « Journal d’une Femme de Chambre. » Encore n’ai-je pas cité tout le monde – et pour cause. Qu’importe d’ailleurs puisque les Bécassinophobes, qui se glorifiaient pour la plupart, dans les années 70, de parler le français comme des vaches espagnoles – preuve d’ailleurs chez eux d'un racisme latent puisque cette expression est une déformation de « Basques espagnols » - ont probablement effacé de leur mémoire fanatique et indépendantiste les rares souvenirs qui peuvent les rattacher à notre littérature nationale …
Certes, au début du XXème siècle, les histoire bretonnes tenaient peut-être la place actuellement occupée par les histoires belges et vous trouverez toujours de parfaits crétins pour se moquer des « ploucs bretons » et des autres. Mais n’est-ce pas, justement, se comporter en rustre et en ignare que de nier les immenses qualités que Caumery et Pinchon ont laissées en héritage à leur héroïne et à ses proches ? Allons plus loin. Sommes-nous encore attachés à Bécassine et ses albums uniquement parce qu’elle commet souvent des bourdes incroyables ? Bien sûr que non. C’est par sa tendresse, sa gentillesse, son bon sens et aussi, il faut bien le dire, son courage et sa dignité que la petite paysanne bretonne a su prendre et garder la place qu’elle occupe dans le cœur de ses partisans. Parmi ceux-ci, on compte pas mal de Bretons. Aussi est-ce sans complexe aucun que je me déclare ici une Bécassinophile convaincue et fière de l'être.
Bécassine : le 2 février 2007, elle aura 102 ans. _________________ http://notabene.forumactif.com/ http://blog.bebook.fr/woland/index.php/
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   Age : 48 Inscrit le : 06 Mai 2005 Messages : 14364 Localisation : Sous vos yeux mais vous ne me voyez pas ... Loisirs : Tout ce qui concerne les mots et les livres.
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| Sujet: Re: Lettre B. Lun 22 Jan - 15:48 | |
| Une page extraite de "Bécassine prend des pensionnaires" et où Mariette et Bécassine tentent de faire retrouver à Loulotte la mémoire qu'elle a perdue suite à une chute :
Le dessin souple et fluide de Joseph Pinchon. Les phylactères ne sont pas encore utilisés : la transition entre l'histoire contée et la BD classique, commencée avec Christophe, se poursuit mais touche à sa fin. _________________ http://notabene.forumactif.com/ http://blog.bebook.fr/woland/index.php/
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|  | | Thomas Ordonnateur des Basses Oeuvres de Nota Bene - il en est fier, en plus ...


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| Sujet: Re: Lettre B. Lun 22 Jan - 16:07 | |
| Magnifique, ce post sur Bécassine. C'est un personnage que je ne connaissais pas bien - juste ce que tout le monde en sait, c'est-à-dire beaucoup de bêtises, comme tu sembles le souligner.
Il faudrait que j'en trouve un album pour tester par moi-même !
Y a-t-il moyen d'agrandir l'image postée ci-dessus pour lire la prose qui accompagne les dessins ? |
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| Sujet: Re: Lettre B. Lun 22 Jan - 16:21 | |
| C'est tout ce que je peux faire : sinon, il sera trop lourd à charger. Ca ira comme ça, Thomas ?
Bécassine ... Ma grand-mère, qui était bretonne, parlait, lisait et écrivait le breton ... Et c'est elle qui m'a encouragée à lire ces albums.
En fait, quand on y songe, le mépris dans lequel certains tiennent Bécassine a des bases sociales : elle symbolise "la domesticité asservie" pour l'une des rares régions de France qui continue (un peu) à réclamer son autonomie. Ce rejet de Bécassine est donc, par essence, politique. C'est bien pour ça qu'il est si excessif et que je m'en méfie.
Qu'en pense Julie ? Et toi, Séraphine ? ... _________________ http://notabene.forumactif.com/ http://blog.bebook.fr/woland/index.php/ |
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